LA NUIT DES MIRACLES

(Night of Miracles)

De Rosemarie HAUER

Traduit de l'américain par Annik




Catherine soupira en retrouvant enfin l'atmosphère tranquille de son appartement. Elle verrouilla la porte et s'y adossa avec lassitude. Dans sa tête tournoyaient encore les flocons de neige. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri de ravissement en voyant tomber la neige le soir de Noël? Les choses changent, les gens changent, et la capacité à ressentir la joie de Noël s'estompe au fil des ans.

S'éloignant de la porte, elle se débarrassa de son manteau trempé et de ses bottes. Cela n'avait peut-être pas été une si bonne idée de prendre un jour de congé, travailler ne l'aurait sûrement pas autant épuisée que toutes les tâches qu'elle s'était imposées. Pour être tout à fait honnête elle ne s'était pas sentie capable d'affronter la joyeuse ambiance du bureau. Elle s'était dit qu'en faisant quelque chose de tout à fait différent ce jour là elle parviendrait mieux à surmonter la tristesse de ce premier Noël sans son père.

Elle n'avait pas arrêté de la journée, commençant le matin par une visite au service des enfants de l'Hôpital St Vincent. La compagnie des enfants était agréable et stimulante, malgré la tristesse de savoir qu'ils allaient passer Noël loin de chez eux et de leur famille. Lire des histoires au petits lui avait fait penser au monde d'En-Bas, et une sensation douce-amère avait commencé à s'insinuer dans son cœur.

Ensuite elle était allée dans un refuge distribuer le repas de ceux qui vivent dans la rue, ceux qui n'ont nulle part ou aller et dont la solitude est souvent la seule compagne. A chaque louche de soupe elle avait pensé à ceux d'En-Bas, à la chance qu'ils avaient de pouvoir compter les uns sur les autres. En voyant défiler les visages las et fermés, elle avait souhaité qu'il puisse y avoir pour chacun un endroit ou aller, une épaule pour s'appuyer, des bras ou se réfugier.

Tout cela lui pesait encore sur le cœur. Pour finir elle avait passé plusieurs heures à SOS Amitié, à répondre à des voix qui n'avaient fait que l'entraîner plus loin encore dans une spirale de tristesse et de désespoir.

Et elle avait finalement l'impression de ne pas avoir été utile à grand chose. Ces gens avaient besoin de quelqu'un capable de leur apporter toute son attention, et elle ne s'était pas montrée à la hauteur aujourd'hui, incapable de mettre de côté son propre chagrin, et la douleur sourde tapie au fond de son cœur.

Catherine s'installa sur le canapé pour masser ses pieds douloureux, consciente d'avoir entrepris plus de tâches qu'elle ne pouvait en accomplir dans l'espoir de se sentir un peu moins seule. Elle s'adossa à un coussin et ferma les yeux, admettant qu'il lui serait impossible d'éviter les souvenirs des Noëls passés, des souvenirs de chaleur et de partage, elle allait devoir les affronter, et laisser s'exprimer son chagrin.

Décidée à faire quelque chose, elle se leva et alla chercher dans sa chambre la bougie que Vincent lui avait donnée l'année précédente pour la Fête de l'Hiver. Elle déroula avec soin le papier qui enveloppait ce précieux souvenir, et ses doigts en caressèrent respectueusement la surface lisse. Elle avait été si fière de recevoir ce cadeau de lui, si touchée que la famille de Vincent désire sa présence lors de cette célébration, elle avait décidé alors qu'elle n'allumerait jamais cette bougie. La seule pensée de la voir se dissoudre sous la flamme la paniquait, comme si quelque chose de très précieux risquait de disparaître en même temps que la cire colorée. Cependant, elle s'en rendait compte, la bougie avait été faite pour donner de la lumière. Sa nature même la destinait à se consumer pour répandre clarté et chaleur autour d'elle, et la garder dans un tiroir, même très précieusement enveloppée, même très tendrement chérie, était contraire à sa raison d'être.

Revenant dans le salon, elle plaça la bougie dans un chandelier, au milieu de la table basse, et après être allée chercher des allumettes à la cuisine elle en gratta une et l'approcha de la mèche. La flamme jaillit, envoyant au cœur de Catherine un rayon de joie. La chaleur qui envahit son corps était sans commune mesure avec la taille de la flamme. C'était comme un message d'amour, la chaleur affectueuse d'un regard familier ou l'on peut lire tout un monde de sentiments impossibles à exprimer par des mots.

Catherine s'appuya au dossier du canapé, laissant libre cours aux pensées qu'elle avait eu l'intention de fuir. Vincent. Comme elle avait envie d'être avec lui! Elle savait que sa seule présence suffirait à éloigner la tristesse et le chagrin. De savoir qu'elle le verrait bientôt, qu'elle passerait le jour de Noël En-Bas ne lui était pas d'un grand réconfort dans l'immédiat. Pourquoi se sentait-elle toujours si vulnérable le soir de Noël? Peut-être parce que dans son enfance cette soirée là avait toujours été la plus intime de toute la période des fêtes Une soirée tranquille, au coin du feu, à raconter des histoires, à savourer le simple plaisir d'être ensemble. Comme c'était le cas pour Vincent et la communauté d'En-Bas en ce soir très spécial. C'était pour cela qu'il ne viendrait pas, parce qu'il avait promis aux enfants de passer la soirée avec eux comme il le faisait chaque année.

Un bruit venu du balcon la fit sursauter lui fit tourner la tête, elle sursauta en se brûlant la main à la flamme, mais ne fit pas attention à la douleur. Son cœur battait si vite qu'elle en oubliait presque de respirer. "Vincent?" chuchota-t-elle. Se levant d'un bond, elle courut vers la porte fenêtre. Son cœur chavira en voyant qu'il n'était pas là, mais juste comme elle allait rentrer elle entendit sa voix qui l'appelait. Elle fit demi-tour pour voler dans ses bras.

"Tu es venu…" murmura-t-elle, "…je suis si heureuse que tu sois là!" Il resserra ses bras autour d'elle et elle se laissa aller contre sa rassurante solidité.

"J'ai senti ta tristesse." dit Vincent d'une voix enrouée d'émotion.

"C'est pour cela que tu es venu? Je suis désolée, Vincent , je ne voulais pas t'attirer ici, je n'avais pas l'intention d'empiéter sur le temps que tu avais promis aux enfants."

Il la regarda en silence et leva une main pour effacer du pouce les plis d'inquiétude sur son front. "Ce n'est pas le cas." répondit-il doucement. "C'était leur idée que je vienne te voir ce soir."

Surprise, elle haussa les sourcils. "Ce sont les enfants qui t'ont suggéré de venir ici?"

Il acquiesça. "Il faut croire qu'ils en avaient assez de me voir la tête ailleurs. Ils ont probablement conclu qu'il valait mieux que j'aille là ou mon esprit se trouvait déjà de toute façon."

Catherine rit et se serra plus fort contre lui. "Très avisé de leur part, " dit-elle " et très généreux!"

Passant les doigts sous son menton il lui releva la tête pour la regarder. Elle attendit qu'il parle mais il ne dit rien, se contentant de l'observer en silence, avant de l'attirer de nouveau tout contre lui.

"Tu as froid." chuchota-t-il contre le sommet de sa tête. "Nous devrions peut-être…rentrer."

Elle nota en passant qu'elle n'était pas surprise outre mesure par cette suggestion. Après tout, Noël est le temps des miracles…

Elle le précéda dans le salon, et en se retournant elle le vit contempler la bougie sur la table. "Je crois que je l'avais gardée pour un moment comme celui-ci. " dit-elle tranquillement. Il acquiesça, un demi sourire au coin des lèvres.

Le cœur de Catherine s'emballa en le voyant là, une grande ombre au milieu de son salon, pas vraiment assorti au décor, mais pas déplacé non plus; Il se débarrassa de sa cape et elle la prit pour la poser sur le dossier d'une chaise, comme si elle l'avait déjà fait des milliers de fois. Ils s'installèrent sur les canapés de part et d'autre de la table basse, observant la danse silencieuse de la flamme.

"Tu t'es fait mal." dit soudain Vincent.

Ce n'est qu'à ce moment que Catherine prit conscience de la sensation de brûlure au creux de sa paume. "Ce n'est rien." dit-elle. "Je n'ai pas fait attention, je me suis trop approchée de la flamme."

"S'il te plaît, montre-moi." demanda-t-il. Elle tendit sa main.

"Ce n'est rien du tout." répéta-t-elle, mais il contemplait sa main d'un air songeur.

"Qu'est-ce qu'il y a?" demanda-t-elle finalement, intriguée par son attitude.

"Pourquoi as-tu fait cela?"

"Fait quoi?"

"Pourquoi as-tu tendu la main vers la flamme?"

Doucement elle retira sa main pour la poser sur ses genoux. "Je ne crois pas l'avoir fait pour une raison précise." dit-elle enfin, sans le regarder. Elle sentit ses yeux sur elle, il attendait, et finalement elle leva les yeux pour rencontrer son regard. "Peut-être parce que j'avais tellement besoin de chaleur que cela m'était égal de me brûler." confessa-t-elle à contrecœur.

Il ne dit rien mais elle vit la peine dans son regard avant qu'il ne détourne les yeux. Elle se leva et contourna la table pour aller s'asseoir près de lui. "Qu'est-ce qui te bouleverse ainsi, Vincent?" demanda-t-elle d'une voix douce.

"C'est ma faute. " répondit-il. "Je ne te donne pas toute la chaleur que tu mérites."

"Ne sois pas bête!" lui reprocha-t-elle gentiment. "Personne ne m'a jamais apporté autant de chaleur et de réconfort que toi."

"Et pourtant ce n'est pas assez." murmura-t-il, évitant toujours ses yeux.

"Tu me donnes tout ce dont j'ai besoin." insista-t-elle.

"Il y a les choses dont on a besoin," répondit-il en ramenant son regard vers elle "et celles qu'on pourrait souhaiter…"

Elle lui prit la main et la serra doucement. "C'est vrai." reconnut-elle avec franchise. Elle le sentit accuser le coup.

"Tu as besoin de chaleur, mais elle pourrait te brûler." avertit-il.

Sans répondre elle lui prit la main et la porta doucement à ses lèvres. Ne sentant pas de résistance elle déposa un léger baiser au creux de sa paume. Il ne bougea pas. Elle osait à peine le regarder, inquiète de sa réaction. "Est-ce que cela t'a fait mal?" risqua-t-elle, levant finalement les yeux vers lui. Elle vit les coins de sa bouche se relever en un sourire, et il secoua la tête, plutôt en signe d'indulgence que de négation. "Comment est-ce que c'était?" insista-t-elle.

Il la regarda fixement sans répondre pendant un long moment, et elle était sur le point d'accepter son silence, quand le son de sa voix lui fit courir un frisson dans le dos. "Trop près de la flamme."

"Désolée d'avoir joué avec le feu." murmura Catherine. "Je ne sais pas ce qui m'a pris. C'est juste que parfois je voudrais tellement…" Elle s'arrêta, plus du tout sûre de l'opportunité de poursuivre sur le sujet, mais à sa surprise elle sentit la main de Vincent sur la sienne.


"Oui?" l'encouragea-t-il gentiment. Elle rencontra son regard bleu et limpide et crut que son cœur allait s'arrêter. Comment cacher quoi que ce soit à ces yeux-là?

"Je souhaiterais que nous puissions partager plus de chaleur," chuchota-t-elle, mais c'est aussi très beau de simplement regarder la lumière."

Sans la quitter des yeux il prit sa main et l'ouvrit, lui caressant la paume. Lentement il baissa la tête, elle sentit le contact de sa bouche, et le frôlement bref de sa langue. Involontairement, Catherine ferma les yeux. Elle ne s'était pas attendue à la douceur de ses lèvres, ni à l'incroyable intimité de son geste. Une chaleur soudaine lui traversa le corps, lui coupant la respiration par son intensité.

Il l'entoura de ses bras pour l'attirer contre lui, effleurant ses cheveux de ses lèvres. "La lumière semble si lointaine, parfois," dit-il "et l'obscurité si proche…"

Le désespoir dans sa voix perça le cœur de Catherine. "Même au cœur des plus longues nuits, la lumière n'est jamais loin." répondit-elle.

Vincent ne répondit pas tout de suite et pendant un moment ils restèrent assis l'un contre l'autre, à contempler la flamme dansante.. Catherine écoutait le flux paisible de la respiration de Vincent, heureuse de la proximité qu'il autorisait entre eux en cette nuit très spéciale.

Comme s'il avait deviné ses pensées il rompit le silence. "Noël est le moment des souhaits."

Catherine sentit son cœur s'accélérer et se dégagea doucement de son étreinte pour voir son visage. Il soutint son regard, et comme attirés par une force invisible ils se rapprochèrent jusqu'à ce que leurs lèvres ne soient plus distantes que d'un souffle. "Un moment pour partager la lumière. "chuchota-t-elle.

"Et donner de la chaleur." souffla-t-il, comblant la distance qui les séparait. Il l'embrassa doucement, timidement, mais en y mettant toute son âme, et elle sentit son incroyable tendresse, ainsi qu'une indubitable étincelle de désir. Il marqua un temps d'arrêt et elle écarta légèrement les lèvres, lui laissant la possibilité de se retirer, mais il n'en fit rien. Elle sentit ses doigts tremblants s'emmêler dans ses cheveux quand il glissa la main derrière sa nuque pour l'attirer plus près encore. Qu'il puisse la toucher ainsi, d'une façon aussi confiante, aussi intime, la rendait ivre de bonheur, elle avait l'impression qu'elle allait éclater de joie.

Il la lâcha, la regarda avec un sourire énigmatique. "Trop près de la flamme?" demanda-t-elle, cherchant son souffle.

"Juste bien. " répondit-il solennellement. "Pour l'instant."

Elle s'inquiéta de lui voir l'air si pensif. Allait-il se mettre à regretter le pas qu'ils venaient de franchir? "S'il te plaît, Vincent, dis-moi à quoi tu penses?"

"Un jour, Catherine, tu m'as demandé" commença-t-il lentement "tu m'as demandé si nous pourrions jamais être ensemble, vraiment ensemble."

"Je me souviens. " dit-elle, essayant d'ignorer le martèlement de son cœur.

Il la regarda un moment en silence, puis baissa les yeux pour demander "Jusqu'à quel point souhaiterais tu que nous soyons proches?"

Catherine sentit les larmes lui monter aux yeux. "Très proches." dit-elle à voix basse, posant la main sur la joue de Vincent pour ramener son regard vers elle.

Il saisit son poignet et appuya sa joue contre sa main. "Fais très attention à ce que tu souhaites, Catherine, car tu pourrais bien l'obtenir."

Aux implications de ces mots, Catherine sentit une décharge électrique lui parcourir le corps. "Parce que c'est Noël?" demanda-t-elle.

Il se pencha vers elle, ses yeux étaient profonds et sombres, et elle sentit son souffle frais sur ses joues brûlantes. "Parce que je t'aime." fut la réponse, et ses lèvres douces se posèrent sur celles de Catherine pour un nouveau baiser.

Sa bouche avait le goût d'une brise d'hiver portant des promesses de neige, et elle prit une profonde inspiration pour s'imprégner de sa saveur, lui mordillant doucement la lèvre. Soudain elle se sentit soulevée et se retrouva assise sur ses genoux.

Les grandes mains chaudes de Vincent lui parcouraient le dos, et elle ne put s'empêcher de s'imaginer le contact de ses paumes sur sa peau nue. Elle soupira et il s'arrêta net. Elle ouvrit les yeux et vit qu'il l'observait avec attention. Se laissant glisser à genoux par terre, elle leva les yeux vers lui.

"Dis-moi, Vincent," demanda-t-elle doucement. "Quel degré de chaleur penses tu pouvoir supporter?"

Il détourna légèrement la tête et baissa les yeux, mais ses mains saisirent le épaules de Catherine pour la ramener sur ses genoux. Elle lui mit les bras autour du cou, émue jusqu'aux larmes quand il enfouit la tête dans les plis de son pull en murmurant "Franchement, je n'en sais rien."

Déposant un baiser rassurant sur le sommet de sa tête elle répondit "Crois-tu que nous pourrions essayer de le découvrir?"

Il rejeta la tête en arrière pour lui lancer un regard de côté, et elle crut voir l'ombre d'un sourire sur son visage.

"Eh bien c'est entendu," fit-elle en l'embrassant sur le front. " nous allons voir ça."

 Le sourire s'effaça, et la main de Vincent vint derrière sa tête, l'attirant à lui pour un autre baiser. Cette fois il prit l'initiative et aventura sa langue entre ses lèvres. Incapable de retenir un gémissement, elle s'ouvrit à lui, se laissant explorer avec abandon. Soudain elle sentit la légère pression de son pouce sur sa lèvre inférieure.

"Te sentir ainsi," murmura-t-il contre sa bouche, et elle savoura la chaleur de son souffle sur son visage "cela me donne encore plus faim de toi!"

A ces mots elle sentit une soudaine chaleur envahir son ventre, et le désir lui coupa le souffle au contact des doigts qui effleuraient ses lèvres.

"Vincent!" gémit-elle, remarquant le ton désespéré de sa propre voix. La bouche de Vincent redescendit sur la sienne tandis que sa main venait se placer sur sa gorge, l'enserrant tendrement. Il n'exerçait aucune pression, la paume simplement posée sur sa peau, et elle sentit son pouls s'accélérer, palpitant au contact de cette grande main chaude.

Sans quitter ses lèvres il lui caressa l'épaule et le bras, la poussa doucement en arrière sur les coussins et vint se placer au dessus d'elle. Elle lui jeta les bras autour du cou pour l'attirer plus près encore, mais sentit une légère résistance.

Il saisit sa main pour la placer sur sa poitrine. "Tu sens mon cœur?" demanda-t-il d'une voix rauque. "Il bat comme s'il allait éclater."

Elle retourna le geste avec un sourire, lui prenant la main pour la poser sur son sein. "Le mien aussi." chuchota-t-elle, et le regard qu'il posa sur le point de contact lui fit monter les larmes aux yeux. Il y avait de l'émerveillement dans ses yeux, et de la stupeur, mais une trace de frayeur aussi, et pour le rassurer elle prit tout de suite sa main, entrelaçant leurs doigts.

"Viens," dit-elle doucement, l'attirant tout contre elle, la tête au creux de son cou.

Elle lissa ses cheveux avec des gestes lents et tendres, jusqu'à ce qu'elle le sente se détendre contre elle. Il resserra les bras autour d'elle et enfouit le nez au creux de sa gorge, soufflant son nom. Le duvet de sa lèvre supérieure lui chatouilla la peau tandis qu'il explorait la chaleur de son cou. Elle soupira, et sa résolution de calmer le jeu pendant un moment fondit comme neige au soleil. Elle avait tant envie de lui qu'elle en avait mal, et sa respiration s'arrêta quand elle sentit le contact de sa langue, caressant sa peau avec une langueur méticuleuse, jusqu'à la rendre folle de désir.

Appuyant légèrement les mains sur ses épaules, elle murmura son nom. Il s'immobilisa et la regarda, contrit. Elle lui caressa la joue avec un sourire tremblant et dit d'une voix un peu rauque. "Tout va bien. Mais j'ai besoin d'être sûre que tu veux vraiment aller là ou tu nous emmènes."

Pendant un long et fragile instant il la fixa sans répondre, puis se laissa retomber sur elle en soupirant. "Je suis désolé," murmura-t-il, "je n'avais plus vraiment conscience de ce que je faisais. Je…n'ai pas pu résister…à tes réactions. " après un autre moment de silence il ajouta timidement "Je n'aurais jamais cru pouvoir t'affecter à ce point."

Elle eut un petit rire saccadé. " Vincent, l'effet que tu as sur moi est absolument dévastateur, tu peux me croire!"

Cela lui arracha un sourire, mais il se redressa et se rassit à distance d'elle. Elle se rapprocha de lui et passa un bras sous le sien, posant la tête sur son épaule.

"Je ne voulais pas que tu t'arrêtes." dit-elle doucement. "Tu le sais, n'est-ce pas?"

Il acquiesça lentement. "Je te suis d'autant plus reconnaissant d'avoir gardé la tête froide."

"Euh ça, c'est extrêmement exagéré!" répliqua-t-elle avec un grand sourire auquel il répondit d'un regard amusé. Redevenant sérieuse elle poursuivit. "Simplement je ne voulais pas t'entraîner dans quelque chose pour lequel tu ne te sentirais pas prêt."

Plongeant ses yeux dans les siens il demanda. "Et toi, es-tu certaine d'être prête, Catherine?"

Le cœur serré par les implications de ses mots, elle chuchota "Oui." d'une voix un peu tremblante.

Avec un grand soupir il baissa les yeux vers la fourrure qui couvrait le dos de ses mains. "J'aimerais tant être certain que…"

"Moi je suis certaine." répliqua-t-elle à sa pensée inexprimée, passant une main rassurante dans son dos. " Mais nous ne sommes pas pressés, Vincent. Nous avons tout le temps."

Il leva la tête, la lueur de la bougie se reflétant dans ses yeux. Sans oser la regarder, il prononça des mots qui la transpercèrent. "Je te désire tant que cela m'effraie, Catherine. Si je devais me laisser aller à ce que je ressens, laisser libre cours à ce désir incontrôlable…"

Elle se redressa et déposa un léger baiser sur sa joue. "Ne te torture donc pas comme ça!" dit-elle "Essaie de ne pas lutter contre tes sentiments. Les choses viendront en leur temps."

Il tourna lentement la tête pour lui faire face, leurs visages tout proches. "Les choses?" s'enquit-il d'une voix ou traînait un soupçon de sous-entendu, levant un sourcil interrogateur.

"Oui, les choses." répliqua-t-elle avec un sourire, lui envoyant un petit coup de poing amical dans les côtes. Il inclina la tête, et diverses émotions se succédèrent dans ses yeux avant qu'ils ne les détourne. "Un peu de thé?" suggéra-t-elle, lui serrant gentiment le bras.

"Oui, s'il te plaît. " répondit-il d'une voix douce, et le soulagement dans sa voix n'échappa pas à Catherine.

*****

Préparant machinalement le thé, Catherine n'arrêtait pas de repenser à l'énormité du pas que Vincent avait franchi ce soir. Qu'il soit venu la voir, qu'il ait pénétré à l'intérieur de son appartement, qu'il l'ait embrassée, tout cela en disait long sur la confiance qu'il avait en elle, et la foi qu'il gardait en leur rêve. Il était allé si loin, avait franchi tant d'obstacles uniquement parce qu'il avait choisi d'exaucer ses souhaits les plus profonds. Elle était profondément émue qu'il ait fait cela en dépit des peurs que ces souhaits éveillaient en lui, ces mêmes peurs qui les avaient séparés jusqu'ici. Aveuglée par les larmes elle saisit la bouilloire pour verser de l'eau sur les feuilles. Soudain la main de Vincent fut sur la sienne, guidant son geste avant de prendre la bouilloire pour la reposer sur le plan de travail. Se retournant, elle se réfugia dans ses bras, qui se refermèrent sur elle en une étreinte réconfortante.

"Je suis vraiment désolée." murmura-t-elle. "Cela doit être si difficile pour toi."

Il secoua la tête, et quelques longues mèches de cheveux balayèrent le visage de Catherine. "Je n'appellerais pas vraiment cela un sacrifice." répondit-il.

Elle leva la tête cherchant sur son visage une trace d'amertume, mais ses yeux étaient clairs et sereins, et il avait un petit sourire au coin des lèvres.

"Je t'aime," murmura-t-elle "et pour rien au monde je ne voudrais que ce que je ressens pour toi te cause de la peine."

Il se pencha pour déposer un léger baiser sur ses lèvres. "Que nous apprenions à vivre notre amour…aussi pleinement que possible…est très important pour moi." dit-il à voix basse. "Les pierres les plus précieuses sont enfouies profondément dans la terre, et ne peuvent être extraites qu'au prix d'un dur labeur. Je ne crains pas la souffrance tant que c'est moi qui la supporte. Mais si jamais…" Sa voix se brisa, et il enfouit son visage dans les cheveux soyeux. Finalement il ajouta d'une voix douce. "Parfois je pense que tu dois être terriblement déçue, Catherine."

Elle le vit baisser la tête, fuyant son regard, et son cœur s'élança vers lui. "Jamais!" dit-elle avec conviction. "Personne au monde ne connaît mon cœur mieux que toi, Vincent, mais tu sais je n'attends pas de toi que tu exauces le moindre désir que tu sens en moi. Tant que je suis certaine d'avoir ton amour, je ne manque de rien."

Elle sentit son mouvement de dénégation. "Parfois j'ai l'impression…" chuchota-t-il d'une voix rauque "…d'avoir gâché un temps précieux en… hésitant. L'impression d'avoir volé ce temps à ta vie."

Elle leva la tête pour voir ses yeux. "Tu m'as dit un jour," commença-t-elle prudemment "que nous avancions sur un chemin que nul n'avait pris avant nous. Je crois que sur un chemin comme le nôtre il ne peut pas y avoir de temps perdu. Chaque pas en direction de l'amour te donnera toute la protection nécessaire contre les doutes et les peurs." Elle entoura le visage de Vincent de ses mains, puis les fit courir dans ses cheveux avant de venir les poser sur ses épaules. "Laisse moi être là pour toi, Vincent." plaida-t-elle. "Je veux te protéger de tes peurs…pour toujours."

Elle sentit ses épaules s'affaisser en un grand soupir. Un frisson le parcourut et elle le serra plus fort pour calmer ses tremblements.

Ils restèrent ainsi en silence, et Catherine se sentit peu à peu gagnée par une paisible satisfaction, écoutant la respiration de Vincent et le rythme régulier de son cœur.

*****

Vincent s'adossa aux coussins du canapé et regarda avec tendresse Catherine qui servait le thé.

Ils avaient convenu en riant que ce n'était pas grave qu'il ait infusé trop longtemps. Il soupira, heureux d'être là avec elle, de se sentir enveloppé par sa compréhension, et par le courant de désir qui palpitait doucement mais obstinément juste sous la surface de ces instants paisibles.

Elle lui tendit le sucre et en prenant le délicat bol de porcelaine leurs doigts se frôlèrent, et il sentit un agréable courant électrique le parcourir. Il s'émerveilla qu'un si léger contact puisse encore l'affecter à ce point après ce qu'ils avaient partagé plus tôt dans la soirée. Le souvenir de leurs baisers ardents, intimes, le fit rougir et il se sentit heureux que Catherine ne puisse pas s'en apercevoir. Elle s'adossa aux coussins en face de lui, le regardant calmement. Il prit sa tasse et la porta à ses lèvres embarrassé de voir que sa main tremblait un peu. Reposant la tasse, il leva les yeux vers ceux de Catherine.

"Tu dois être épuisée." remarqua-t-il avec sollicitude. "Tu n'as pas arrêté de la journée." Elle lui jeta un regard aigu et il détourna brièvement les yeux, observant la danse silencieuse de la flamme sur la table entre eux. "J'ai senti ta détresse." finit-il par admettre. "Et ta fatigue."

Catherine posa sa tasse et vint s'asseoir près de lui. "Mais je ne suis plus fatiguée, maintenant," dit-elle "plus du tout!"

Il sourit avec indulgence. "Je n'ai pas dit que j'allais partir." la rassura-t-il. Les traits de Catherine s'éclairèrent et elle se glissa tout contre lui. Il prit sa main et la serra doucement, étouffant un petit cri quand elle entrelaça ses doigts dans les siens. Le fait de la toucher ainsi, d'avoir sa peau contre la sienne, était encore tout nouveau pour lui, et la sentir aussi proche de lui l'affectait profondément. Elle était si…disponible et si prête, avide de la moindre parcelle d'intimité qu'il voudrait bien permettre entre eux.

Sentant son regard sur lui, il étudia leurs mains jointes. Il avait une telle envie de l'embrasser, de l'attirer tout contre lui et de se laisser aller à cette vague de chaleur qui envahissait le creux de son estomac, et gagnait du terrain pour se centrer inexorablement au bas de son ventre. Catherine replia légèrement les doigts comme pour les retirer, mais il la retint, osant enfin la regarder. Au plus léger mouvement de sa main elle vint sur ses genoux, se blottissant contre lui, la tête dans son cou. Il la garda ainsi un long moment, savourant la sensation causée par ce léger poids sur la partie inférieure de son corps.

"Vincent, "dit-elle soudain. "tu as exaucé un de mes rêves les plus chers ce soir. Si nous parlions un peu de tes rêves à toi? Je ne peux pas lire en toi aussi facilement que tu lis en moi, alors il va falloir que tu m'aides.

Vincent sentit la tête lui tourner. Il tenait le monde entier dans ses bras, un monde tout chaud, tout doux, tout parfumé, un monde tout à lui…et elle lui demandait ce qu'il pouvait souhaiter? Il secoua la tête.

"Allons," insista-t-elle. "il doit bien y avoir quelque chose que je peux faire pour toi, comme ce que toi tu as fait pour moi quand tu m'as enfin embrassée."

"C'est différent." répondit-il. "T'embrasser était aussi mon souhait."

"Mais si tu ne me dis pas de quoi tu rêves, comment peux-tu savoir si ce n'est pas aussi mon souhait?"

"Le prix à payer pour le savoir pourrait être trop élevé." répondit-il simplement.

Elle leva vers lui un regard teinté de reproche. "Que penses-tu que je vais faire?" demanda-t-elle." Crois-tu que je vais sauter au plafond, ou m'enfuir à toutes jambes si tu me confies le fond de ton âme?"

"Je n'hésiterais jamais à te confier mon âme." répondit-il évasivement. Comment pourrait-elle comprendre cet étrange désir qu'il avait de…

"Mais tu as des difficultés à me confier ton corps." observa-t-elle calmement, interrompant le cours de ses pensées.

Il la fit glisser de ses genoux et se leva du canapé. Elle le retint par la manche.

"Vincent, s'il te plaît!" implora-t-elle. "Bien sûr tu n'es pas obligé de me répondre. Je ne voulais pas te bousculer, je suis désolée si je t'ai fait de la peine. Mais ne t'éloigne pas de moi!"

Il leva les bras et les laissa retomber en signe de reddition. Comment pourrait-il ne pas lui confier son secret? Elle avait raison, il connaissait beaucoup de détails intimes à son sujet grâce à ses capacités d'empathie, intensifiées par le lien qui les unissait. Comment pourrait-il lui refuser quelque chose qui avait visiblement tant d'importance pour elle? Elle qui donnait tant d'elle-même, il lui devait au moins une réponse. Rassemblant son courage, mais évitant toujours son regard, il commença à parler.

"Depuis que j'étais tout petit, j'ai souvent rêvé d'être pris dans les bras, d'être tenu assez près pour sentir la chaleur d'un autre corps contre le mien. Parfois, j'en avais tant envie…que cela me faisait mal. Être tenu tendrement contre la poitrine d'une femme, sentir une main me caresser doucement la tête, entendre une voix murmurer que tout va bien." La gorge trop serrée pour continuer, il attendit en silence la réaction de Catherine. Il l'entendit se lever du canapé et s'approcher doucement.

"C'est quelque chose que j'ai envie de faire depuis très longtemps." murmura-t-elle près de son épaule. Puis elle vint se placer en face de lui, levant vers lui des yeux pleins d'espoir. "Veux-tu me laisser être cette femme, Vincent? Veux-tu me permettre de te tenir ainsi?"

Il avala sa salive. "Parce que c'est Noël?" demanda-t-il en la regardant furtivement.

"Parce que je t'aime," souffla-t-elle. "et parce que j'en ai envie moi aussi. Très envie."

Prenant la main qu'elle lui tendait, il la suivit dans la chambre, les jambes si lourdes que chaque pas lui semblait plus difficile. Les battements de son propre cœur grondant comme le tonnerre dans ses oreilles, il la regarda se débarrasser du gros pull qu'elle portait. Il ne se souvenait pas de s'être jamais senti si gêné de toute sa vie, mais elle ne lui laissa pas le temps de changer d'avis.

Elle s'allongea sur le lit, l'entraînant avec elle. Il s'installa maladroitement à ses côtés, si tendu que son corps refusait de lui obéir.

"Viens," encouragea-t-elle d'une voix douce. "viens près de moi."

Elle lui passa un bras autour du cou pour l'attirer plus près. Il commença par poser la tête sur son épaule, mais elle insista, luttant contre sa résistance inconsciente jusqu'à ce qu'il repose contre sa poitrine. Il pouvait sentir sous sa joue l'étoffe lisse de son chemisier, et en dessous une autre texture qui devait être de la lingerie féminine…Mais il n'eut pas le temps de s'attarder à cette idée car elle enfouit les doigts dans ses cheveux, lui caressant les tempes. C'était si bon qu'il ne put s'empêcher de gémir tout haut. Gêné, il tenta d'étouffer le son en enfouissant son visage contre le corps de Catherine. Il fut soudain envahi par son odeur, et l'inspira avec délices, retenant son souffle le plus longtemps possible afin de garder son parfum en lui. Elle le caressait toujours et en ouvrant brièvement les paupières, il vit le doux renflement de sa poitrine. Se blottissant plus près d'elle il referma les yeux et se laissa aller à la douceur de ses caresses, et au rythme régulier de sa respiration sous sa joue. Bercé sur des vagues de paix et de satisfaction, il finit par se laisse glisser dans le sommeil.

*****

Catherine resserra inconsciemment les bras autour des épaules de Vincent. Elle tourna légèrement la tête dans l'espoir d'apercevoir ses traits détendus par le sommeil, mais tout ce qu'elle pouvait voir, c'était le sommet de sa tête tandis qu'il reposait contre elle, respirant paisiblement. Les longues mèches blondes de ses cheveux s'étalaient sur elle, et elle aurait adoré y enfouir son visage, mais le poids de son corps lui interdisait le moindre mouvement. Il pesait lourdement sur elle et elle déplaça légèrement son bras, cherchant une position plus confortable. Il remua dans son sommeil, enfouit encore plus le visage entre les seins de Catherine et laissa échapper un soupir en attrapant fermement sa taille de sa grande et forte main. Elle le savait endormi, et l'idée qu'il puisse s'accrocher ainsi à elle la remplissait de joie.

Elle était profondément émue de sa confiance, et pleura en silence pour l'enfant solitaire qu'il avait été, et pour la mère qu'il n'avait jamais eue. Attentive à ne pas l'éveiller, elle passa les doigts dans sa frange et lui caressa le sommet de la tête, souhaitant pouvoir le serrer encore plus près d'elle. Elle débordait de tendresse et se contorsionna pour lui embrasser les cheveux, faute de pouvoir atteindre autre chose. Il resserra la main sur elle, repliant les doigts, et elle sursauta involontairement quand ses ongles pointus traversèrent l'étoffe de son chemisier. Il s'éveilla instantanément en sursaut, fixant sur elle des yeux effarés et inquiets. Maudissant en silence sa réaction instinctive, Catherine lui caressa le visage d'un geste apaisant. "Ce n'est rien." chuchota-t-elle "Tout va bien."

Il se redressa lentement et leva ses mains pour les observer d'un regard perdu. "Est-ce que je t'ai fait mal?" demanda-t-il.

"Non!" protesta-t-elle sincèrement. Ses ongles ne l'avaient même pas piquée, elle avait simplement réagi à leur contact, comme elle l'aurait fait si on la chatouillait.

"Je t'ai sentie…sursauter." haleta-t-il.

Elle lui fit un grand sourire. "C'est parce que tu m'as chatouillée!" répliqua-t-elle, ravie de voir ses traits s'éclairer furtivement à cette réponse.

"Je n'avais pas l'intention de m'endormir." murmura-t-il.

Elle se redressa sur les genoux et prit son visage entre ses mains. "J'ai adoré te tenir ainsi," dit-elle "et je suis profondément honorée que tu te sois suffisamment détendu pour t'endormir dans mes bras."

Il secoua la tête, réfugié derrière le rideau de ses cheveux, et prit sa main pour la porter à ses lèvres. Un tout petit baiser, les lèvres ne faisant qu'effleurer la peau, mais elle s'enflamma instantanément.

Sans lâcher sa main, Vincent recula un peu et l'observa pensivement. Son expression était si sérieuse qu'elle ne put s'empêcher de se sentir coupable de le bombarder ainsi avec toute l'intensité de ses sentiments. Mais c'était si difficile d lui résister. Elle laissa courir ses yeux sur lui, agenouillé sur son lit, les cheveux en désordre et les yeux encore lourds de sommeil. Elle fixa du regard le pouls qui battait à la base de son cou, elle avait envie de le toucher là mais elle n'osait pas encore.

"Peut-être le temps est-il venu d'exaucer un autre de tes souhaits." dit-il, la voix profonde et rauque.

"Tu veux dire que je peux ouvrir un autre paquet?" plaisanta-t-elle sans conviction.

Il ne dit rien et Catherine crut que son cœur allait s'arrêter quand elle le vit commencer à défaire un par un les lacets qui fermaient son gilet. Incapable de parler, elle le regarda faire glisser le vêtement matelassé le long de ses bras. Il leva les mains vers le col de son épaisse chemise et en défit rapidement l'ouverture. Ce n'est que quand les bords de la chemise s'écartèrent, révélant une abondante toison dorée qui dépassait d'un maillot de corps rapiécé, que le cerveau de Catherine recommença à fonctionner. Elle était un peu choquée, mais pas vraiment surprise, qu'il sache tout de ce désir qu'elle avait de le voir tout entier et de le toucher. L'image qui se formait dans son esprit fit monter le rouge à ses joues, mais fut bientôt surpassée par la réalité de ce qui se passait sous ses yeux. Il s'était débarrassé de sa chemise, et ses gestes ne trahissaient pas la moindre hésitation quand il enleva son maillot. Il se rassit sur ses talons, les mains à plat sur ses cuisses, et attendit en silence sa réaction. 

Catherine avait toujours su qu'elle ne pourrait que le trouver beau, mais la réalité dépassait tout ce qu'elle avait pu imaginer. Elle baissa les yeux vers les mains élégantes et sensibles qui reposaient sur l'étoffe tendue de son jean. Son regard remonta le long des bras musclés et velus vers les puissantes épaules et la large poitrine couverte d'une fourrure à l'aspect soyeux. Se demandant si elle était aussi douce à toucher qu'elle en avait l'air, Catherine leva une main, qui resta un moment en suspens entre eux, comme si le fait de le toucher était quelque chose de sacré pour lequel elle n'était pas encore prête. Mais soudain la main de Vincent fut sur la sienne, la guidant vers lui. Elle se pencha en avant pour passer avec révérence les doigts dans la douce toison qui le couvrait, ne prêtant pas attention à l'inconfort de sa posture jusqu'à ce qu'il passe les bras autour d'elle pour l'attirer vers lui. Elle se retrouva sur ses genoux, serrée si fort contre lui qu'elle n'eut pas d'autre choix que d'enfouir son visage contre la poitrine de Vincent, la couvrant de baisers. Il gémit, et elle nota avec une joie silencieuse que cette fois il n'essayait pas de le dissimuler. Elle parcourut de ses lèvres la vallée qui séparait les puissants pectoraux et s'aventura à mordiller la chair douce de son cou et de sa gorge. Soudain elle sentit son chemisier tiré hors de sa ceinture, et les grandes mains chaudes et rugueuses de Vincent remontèrent le long de son dos, caressant sa peau et la faisant frissonner.

Elle atteignit le coin de ses lèvres et en força doucement l'entrée de la langue. Il l'accueillit avec joie, avec avidité, même, et elle s'accrocha à ses épaules avec une force presque désespérée. La fente dans sa lèvre supérieure était lisse et tendre, et elle s'aperçut vite de l'effet dévastateur que cela produisait sur lui quand elle le touchait à cet endroit.

La respiration de Vincent était haletante, et son odeur avait changé, passant de l'habituel parfum de cire et d'air nocturne à une senteur entêtante et musquée qui paralysait la pensée de Catherine, mais éveillait tous ses sens.

"Plus de retour en arrière," fut tout ce qu'elle parvint à dire avant d'être noyée sous des baisers ardents et sensuels. La soulevant de ses genoux, il la posa doucement sur les oreillers et resta un moment au dessus d'elle comme s'il hésitait. Immédiatement elle lui enroula un bras autour du cou pour le retenir.

"Plus de retour en arrière," la rassura-t-il dans un souffle avant de s'incliner vers elle pour un baiser d'une surprenante douceur.

"Plus de barrières entre nous" chuchota-t-elle à son oreille et il se redressa, la regardant s'asseoir et s'attaquer aux boutons de son chemisier. Les mains de Catherine tremblaient et elle fut contente quand il les écarta gentiment pour finir le travail à sa place. Elle observa attentivement son visage tandis qu'il détachait et enlevait son soutien-gorge. Les yeux profonds et lumineux parcoururent sa peau nue d'un regard appréciateur, bientôt suivis par ses mains, puis ses lèvres. Dans un brouillard, elle le regarda se débarrasser du reste de ses vêtements et apprécia l'assurance avec laquelle il la libérait des siens. Ce n'est que quand elle sentit la fourrure de son ventre contre elle qu'elle reprit l'initiative. Se redressant sur un coude, elle le repoussa sur le lit et parcourut toute la longueur de son corps d'un regard admiratif.

"Je t'aime, Vincent," murmura-t-elle "et voici mon dernier et ultime souhait."

Il leva vers elle des yeux émerveillés. "Tout ce que tu voudras, Catherine!" promit-il d'une voix enrouée d'émotion.

Elle pencha la tête pour l'embrasser tendrement. "Sois avec moi, " demanda-t-elle doucement "chaque Noël et chaque jour de ma vie, car tu es tout ce que je pourrai jamais souhaiter."

Il la fit rouler sur le dos pour joindre enfin leurs deux corps, et elle effaça sous ses baisers les larmes qui perlaient à ses cils.

*****

Epilogue

La lumière du matin de Noël entrait à flots par les fenêtres de la chambre, et Catherine contemplait en souriant son plus précieux cadeau qui reposait, étalé en travers du lit, dans toute sa glorieuse nudité. Il avait les yeux fermés, mais elle sentait qu'il n'allait pas tarder à se réveiller. Se penchant sur lui, elle déposa un tendre baiser sur sa lèvre supérieure.

"Joyeux Noël, mon chéri," murmura-t-elle avec amour "et une bonne et heureuse nouvelle vie!"

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