Que mon coeur battrait à l'entendre
(Out of the Ruined Place)
De Moira KEELEY

Traduit de l'américain par Agnès   

Chapitre 8



Elle resta assise un long moment à ne faire rien d’autre que le regarder. Elle toucha ses joues, examina ses mains. Puis ses yeux commencèrent à errer dans la pièce. Elle sourit à la vue des drôles de trésors qu’il avait rassemblés au cours des années. Elle se leva pour en voir certains de plus près puis s’approcha de la table pour se servir une tasse de thé. Comme elle sirotait une gorgée, elle remarqua le livre que Vincent y avait laissé. Elle reposa sa tasse pour attraper le volume. Elle l’ouvrit là où le ruban était posé, au chapitre 59, le dernier des Grandes Espérances.

Catherine retourna près du lit de Vincent, reprit sa place à ses côtés. Il n’y avait plus que quelques pages à lire.

- Bon, puisque vous ne pouvez pas lire pour moi, c’est moi qui vais lire pour vous.

Et elle commença sa lecture, la voix mal assurée au début, puis améliora au fur et à mesure sa vitesse et sa précision. Les mots ébranlèrent Catherine. Chaque phrase résonnait profondément en elle.

« Après tant d’années, il est étrange que nous nous rencontrions, Estelle, ici même, où nous nous sommes vus pour la
première fois.»
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Catherine jeta un coup d’œil sur lui, pour vérifier qu’il respirait toujours. Elle retourna aux dernières pages, les mots se brouillaient devant elle, mais elle les récita comme de mémoire.

Je pris sa main dans la mienne et nous nous rendîmes à la maison démolie ; et, comme les vapeurs du matin s’étaient levées depuis longtemps quand j’avais quitté la forge,

Une voix de basse commença à réciter avec elle « de même les vapeurs du soir s’élevaient maintenant », sa propre voix poursuivant « et dans la vaste étendue de lumière tranquille qu’elles me laissaient voir » ; il finit, les yeux clos, la voix rauque d’émotion, sa main cherchant la sienne, «  j’entrevis l’espérance de ne plus me séparer d’elle ». Il avait trouvé sa main et ses doigts doux et chauds se fermèrent sur ceux de Catherine.

- Vincent !

Il ouvrit doucement les yeux pour la voir. Il parvint à toucher sa joue. Elle plaça sa propre main contre la sienne oublieuse de son aspect hideux.

- Je t’ai écoutée tout du long, mais j’avais peur que ce ne soit qu’une hallucination due à la fièvre. Je n’osais pas ouvrir les yeux de peur que tu ne t’évanouisses.

- Je suis ici, dit Catherine. Elle se pencha pour caresser légèrement son front. Vous êtes chaud mais pas brûlant, Vincent. Vous n’avez pas de fièvre.

- Tu en es sûre ? dit-il en prenant sa main de nouveau. C’est bien toi, tu es réelle ! Il la lâcha, essayant de toucher son épaule. Tout est réel !

- Vincent. Vous allez bien, vous n’allez pas mourir, poursuivit-elle en suivant ses propres pensées.

- Crois-tu que je pourrais mourir quand j’ai toutes les raisons de vivre maintenant ? dit Vincent en l’attirant à lui.

Catherine hésita mais se laissa aller dans ses bras. Elle ne pouvait pas s’en empêcher. Elle huma son odeur, sentit la chaude proximité de son corps. Elle ne comprenait pas de quoi il parlait. C’était probablement comme il le disait un délire dû à sa maladie. Mais elle ne pouvait pas plus résister à son étreinte, qu’elle ne pouvait s’empêcher de respirer. Il reviendrait à lui dans quelque temps, se disait-elle et s’apercevrait qu’elle était une inconnue. Et elle fit attention à ne rien dire qui pourrait le contrarier.

- Vous avez été blessé. On vous a tiré dessus. Elle toucha légèrement les pansements sur sa poitrine.

- Je sais, je me le rappelle. Tu étais en danger. Je l’ai senti. J’ai senti ta terreur. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je ne pouvais pas croire ce que je ressentais. Mais il n’y avait rien à penser. Et ensuite quand tu m’as rattrapé au bord du gouffre et que j’ai vu ton visage de nouveau, ton cher visage, même alors, j’ai douté de mes propres sens. Mais je t’ai entendue, j’ai entendu les mots que tu as prononcés. Et j’ai su que quelque soient mes blessures, je ne pouvais pas mourir, pas alors que je sentais tes bras autour de moi encore une fois.

Encore une fois. Qu’était-il en train de lui dire ? Il délirait. Vincent l’attira plus près de lui, elle se laissa à demi faire et résista à demi, indécise, vraiment inquiète à présent.

- Vos blessures, cria-t-elle.

Il la prenait pour quelqu’un d’autre, pour… Elle.

- Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour cela. Je ne sens rien, lui dit-il en portant la main de Catherine vers le pansement juste en dessous de son épaule. Puis il déplaça cette main sous les bandages de sa poitrine.

- Mais ici, il y avait une blessure que même Père ne pouvait pas réparer. Et je croyais que la douleur ici ne disparaîtrait jamais.

Il pressa la paume contre son cœur, elle pouvait en sentir les battements, réguliers et forts.

- Mais tu peux constater que maintenant, c’est entièrement guéri, dit-il.

Sa position lui semblait très embarrassante. Elle ne pouvait pas le laisser continuer ainsi.

- Catherine, murmura-t-il.

- Je ne suis pas Catherine, lui dit-elle calmement, cherchant à quitter son étreinte.

Il sourit avec bienveillance et se souvenant des épreuves qu’elle avait vécues, il la laissa s’éloigner un peu puis lui demanda doucement.

- Comment t’appelles-tu donc ?

- Rose.

- Rose, c’est un beau nom, répondit-il.

Vincent bougea, cherchant à se mettre en position assise. Catherine se pencha pour l’aider, il la laissa faire, fermant les yeux lorsqu’elle le toucha. Elle recula quand il fut bien installé. Il ouvrit les yeux, et s’empara impulsivement de son bras pour qu’elle ne s’éloigne pas trop. Catherine hésita, et se retira en arrière. Elle n’avait vraiment pas le droit d’être ici et de profiter de la situation. Il la regarda tranquillement pendant quelque temps.

- Rose, c’est le nom que Diana t’as donné. Comment t’appelais-tu avant ?

- Je ne sais pas, commença-t-elle à dire. Puis elle s’arrêta, le regardant d’un œil plein de questions, et réfléchit.

Se pouvait-il qu’elle l’ait connu auparavant ? Était-ce possible ? Ses yeux bleus uniques, ses crocs blancs et brillants, sa crinière dorée. Non. Elle s’en serait souvenue. Mais n’avait-elle pas tout oublié, tout perdu ? Sauf une chose, ce qu’elle éprouvait pour lui, il lui semblait qu’elle avait toujours connu ce sentiment. Ces rêves récurrents au sujet d’un lit où elle reposait, avec un bras fort autour d’elle et le son rassurant des tuyaux en arrière fond. Les cauchemars plus récents où elle tombait et où il la retenait. Les soirées qu’elle avait passées, assise au dessus de sa chambre pour écouter sa voix, persuadée qu’elle avait sa place à cet endroit, dans cette chambre, dans ce lit, dans ces bras.

- Est-ce que je suis… dit-elle faiblement. Est-ce que je suis Catherine, réellement ?

Elle était à moitié incrédule, à moitié convaincue.

- Est-ce que je suis votre Catherine ?

Doucement, mettant en chaque mot une déclaration d’amour, il lui dit embrassant son front et ses tempes.

- Tu es ma Catherine.

- Et je vous aime ? à moitié une question, à moitié un constat.

- Aussi incroyable et impossible que cela puisse paraître, tu m’aimes.

Il embrassait ses joues, le coin de sa bouche. La voix de Catherine chavira.

- Et vous m’aimez ?

Il chuchota presque.

- Je t’aime.

Il l’embrassa sur la bouche. Elle fit attention en posant ses bras autour de son cou à ne pas appuyer sur sa blessure. Elle lui retourna son baiser, un long baiser tendre plutôt que passionné puis s’écartant pour le regarder, le regarder de toute son âme, plonger dans ses yeux, elle réalisa soudain.

- Je suis ta Catherine et Jacob est mon fils.

- C’est ton fils.

- Il est superbe Vincent. Il a exactement tes yeux.

- Oui, mais le reste de son visage, dit-il en penchant la tête pour caresser ses joues, c’est toi.

Catherine sourit, posa sa tête sur son épaule, puis irrésistiblement la releva pour mieux le voir. Il allait l’embrasser de nouveau, quand ils entendirent des voix. Catherine s’éloigna. Il la retint par le bras de nouveau, mais en souriant elle glissa plus loin pour s’asseoir sur le sofa. Très doucement, Vincent baisa la peau brûlée sur la paume de ses mains et les enferma dans les siennes.

Ils levèrent les yeux pour accueillir Léna, Rolley et Pascal qui entraient dans la chambre avec Éléanor portant Jacob dans ses bras. Pascal détourna les yeux gêné d’interrompre un moment intime, mais il était trop soulagé et enthousiaste pour tenir longtemps.

- Vincent, tu es réveillé ! Je suppose que nous vous devons cela.

Tout en disant ces mots, il s’approcha de Catherine et l’embrassa sur la joue. Elle ne cilla même pas.

- C’est si bon de vous avoir de nouveau avec nous. Je ne pouvais pas le croire quand Père nous l’a dit. Je ne crois pas que vous vous rendez compte de ce que vous représentez pour nous, ajouta-t-il.

Éléanor s’avança et mit Jacob dans les bras que Catherine tendait vers lui.

- Imaginez où nous en serions aujourd’hui, si j’avais seulement su que c’était vous, dit-elle en souriant à Catherine. Mais ce n’est pas grave, nous le savons maintenant.

Éléanor recula et Pascal l’enlaça. Catherine leva les yeux vers elle, riant et pleurant en même temps. Elle ne pouvait pas parler. Aucun mot ne semblait approprié. Jacob se pencha vers son père pour se faire caresser. Vincent tint sa tête et l’embrassa avant de regarder encore la mère de Jacob, encore incrédule.

- Je n’arrive pas à croire que vous soyez tous réunis en famille, s’exclama Léna.

Vincent regarda ses amis, lui aussi avait des larmes dans les yeux.

- Une famille murmura Catherine.

- J’ai l’impression que les nouvelles que j’apporte sont déjà dépassées.

Tous se tournèrent pour regarder Diana, appuyée contre le chambranle. Catherine sauta sur ses pieds pour l’accueillir.

- Diana

- Coucou Jacob, rit Diana tandis que Catherine la serrait, faisant se tortiller le bébé entre elles deux.

Diana se dirigea vers Vincent. Il se redressa et offrit ses deux mains. Diana s’assit sans attendre sur le lit et lui prit les mains. Il s’adressa à elle du fond du cœur, sa reconnaissance le poussant à la tutoyer.

- Comment pourrais-je jamais te remercier ? Comment pourrais-je être quitte ? lui demanda-t-il en tournant les yeux vers Catherine et Jacob. Diana tu es un véritable ange gardien. Tu m’as tout rendu.

Si Diana fut surprise et heureuse que Vincent, dans son émotion, se soit soudain mis à la tutoyer, elle n'en laissa rien paraître et répondit de même le plus naturellement du monde.

- Te voir ainsi est ma véritable récompense, répondit-elle en lui pressant les mains. En général il n’y a pas de fin heureuse dans mon travail. Le mieux que je puisse, c’est de faire en sorte que justice soit rendue aux victimes et aux familles. Mais là… non seulement j’ai conduit deux meurtriers au tribunal, mais j’ai rendu la victime à la vie. Combien d’enquêteurs de la police peuvent se vanter de ça ?

Diana se leva et posa un baiser sur le front de Vincent. Elle sourit à Catherine.

- Joe Maxwell a hâte de vous voir.

- Ton patron ? dit Catherine se mettant au diapason.

- Non en fait, c’est le… tien.

Catherine montra sa surprise un instant. Puis elle se souvint de ce que Mary lui avait raconté de sa propre vie ainsi que de la façon dont Joe l’avait remerciée et ce qu’elle avait ressenti.

- Où est-il ?

- En-Haut Catherine. Tu ne lui a jamais parlé de cet endroit. Je crois que tu pensais qu’il ne comprendrait pas. Et je ne suis pas sûre non plus qu’il le pourrait. Mais tu as une grande importance pour lui. Et il a remué ciel et terre pour s’assurer que Jacob pourrait hériter de tes biens. J’ai l’impression qu’il se sentait moins impuissant par rapport à ce qui t’était arrivé, s’il pouvait encore faire quelque chose pour toi.

Catherine se rassit à côté du lit de Vincent et celui-ci reprit doucement une main blessée dans les siennes.

- Diana, que m’est-il arrivé demanda-t-elle ?

Diana jeta un coup d’œil à Vincent.

- C’est une longue histoire dont j’ai trouvé le fin mot aujourd’hui. Je reviens juste de la morgue

Vincent se pencha en avant, intéressé.

- Et tu as découvert quelque chose ?

- Oui. Un des employés présents cette nuit là était justement de service ce matin. Il s’appelle Hector. Il a paru très secoué quand il a compris pourquoi j’étais là. Mais après que je lui ai affirmé que je ne cherchais pas à saquer qui que ce soit, il m’a parlé de manière honnête. Catherine tu avais reçu une overdose de morphine. La nuit où l’on t’a amenée à la morgue, ils ne savaient pas où donner de la tête, ils avaient trop de travail et ils étaient épuisés. À la fin de la garde, ils ont vu un dossier posé sur un bureau. Ils n’arrivaient pas savoir quel corps allait avec. Seul le prénom de la femme était noté. C’était une sans domicile, une droguée qui avait aussi eu un enfant, une petite fille, cette nuit là. Ils ont vraiment cru que c’était elle le corps manquant. Le collègue d’Hector avait commis une grosse faute l’année précédente en envoyant un corps à la crémation. Il s’en était aperçu trop tard, le corps avait déjà été incinéré. La famille avait été très contrariée, une famille fortunée avec des relations. Il avait failli perdre son boulot. De sorte qu’il a eu peur d’une nouvelle histoire. Ils ont jeté les papiers portant le nom de la femme, espérant que ça ne serait jamais découvert. Et ç’aurait pu en effet être le cas. Personne n'a posé la moindre question jusqu’à aujourd’hui.

- De sorte que cette femme est enterrée sous le nom de Catherine, compléta Vincent songeusement.

- C’est ce que pense aussi. Joe t’avait déjà identifiée Cathy. Lorsque j’ai vu le corps moi-même, il m’ont dit que c’était le tien. Je n’avais aucune raison d’en douter.

- Comment s’appelait-elle, interrogea Catherine ?

- Astrid.

- Astrid, répéta Catherine, puis se tournant vers Vincent elle ajouta. Si j’étais morte cette nuit là sous le pont, je serais morte comme elle, avec personne pour me regretter et personne même pour remarquer que j’avais disparu de la surface de la terre.

Vincent passa sa main dans ses cheveux fins.

- Mais tu n’es pas morte Catherine. Tu es ici en sécurité maintenant. Et j’entends bien ne plus jamais te perdre à nouveau, la rassura Vincent.

- Qu’est-il arrivé au bébé d’Astrid, Diana, demanda Éléanor ?

Diana se tourna vers elle pour lui répondre.

- Je ne sais pas. Dans un foyer d’accueil j’imagine, je pourrais probablement le savoir.

- Tu pourrais, demanda Catherine ? Je voudrais savoir si on s’occupe bien d’elle.

- Certainement, dit Diana en souriant de toutes ses dents. Je vais le noter sur ma liste. Pense-tu pouvoir rencontrer Joe ces prochains jours ?

- Peut-être, dit Catherine en regardant Vincent, à condition que…

- Ne t’en fais pas pour moi, sourit Vincent.

- Oh et il y a quelqu’un d’autre qui veut te voir. Elle s’appelle Jenny Aaronson. C’était ta meilleure amie.

- Jenny ? Au Musée… j’ai entendu…

- C’est elle.

- J’aurais du m’arrêter, j’avais vu qu’elle m’avait reconnue. Mais j’avais trop peur.

Vincent la serra plus fort. Il ne supportait pas de penser aux épreuves qu’elle avait traversées ces derniers mois.

D’une façon ou d’une autre, toute la communauté avait été informée du rétablissement de Vincent. Sa chambre commença à se remplir. Finalement Père lui-même fit son chemin à travers la foule.

- C’est trop. Nous sommes très heureux d’avoir Vincent et Catherine de retour parmi nous, mais vous pourriez le montrer tout aussi bien en leur donnant la possibilité de se reposer et …. un peu d’air

Père dévisagea Catherine et Vincent à tour de rôle, contrarié et finalement converti, il dit :

- J’hésitais à vous faire part de votre véritable identité, Catherine. Mais je vois que Vincent n’a pas eu tant de scrupules.

- Ce n’est pas comme cela Père. Catherine s’est rendu compte d’elle-même, hum en partie d’elle-même, de qui elle était vraiment.

Peter apparut au côté de Père et s’asseyant sur le lit de Vincent, il tendit ses mains à Catherine. Il sourit quand elle les prit.

- Cela fait longtemps que nous nous connaissons. Sais-tu que la première fois que je t’ai vue, tu étais nue comme un ver ?

Catherine rit.

- C’était à ma naissance, n’est-ce pas ?

Le rire de Peter se mêla au sien.

- Toujours trop intelligente pour être honnête. Laisse moi t’accueillir une deuxième fois dans ce monde Cathy.

Il tendit ses bras et Catherine s’y pressa. Pourquoi avait-elle détesté qu’on la touche. C’était merveilleux.

Père faisait la police dans la pièce. Certains s’éloignèrent à regret. Les enfants étaient particulièrement surexcités et s’agitaient dans tous les sens. Mary les organisa en petits groupes.

- Laissez les approcher Père. Ils sont si heureux.

Père grommela ; Jacob lui-même semblait frénétique. Il avait perçu l’effervescence autour de lui. Catherine avait du mal à le tenir. Il semblait incapable de décider dans quels bras il voulait être et il naviguait de l’un à l’autre, tantôt arrachant les boutons de la robe de Catherine, tantôt suçant les manches de son père.

Père exigea qu’ils mangent. Ils partagèrent scrupuleusement un bol de soupe, pendant que Jacob avait des céréales. A la fin Père en eut assez.

- Chacun est venu pour les voir au moins une fois, dit-il aux enfants. Maintenant, ils doivent se reposer.

Il se tourna vers Vincent et Catherine.

- Je dis cela pour vous deux. Catherine, vous avez à peine dormi depuis trente six heures, et Vincent, je ne te demande même pas comment tu te sens. Tu as perdu une énorme quantité de sang.

Ils écoutaient, faisant mine de souscrire à l’inquiétude de Père. Ce dernier suggéra à Catherine de se retirer dans sa propre chambre.

- Père si vous la renvoyez, je me lève pour la suivre, prévint Vincent.

Impossible d’argumenter contre cela. Père se contenta d’énoncer quelques horribles éventualités au sujet de l’ouverture des points de suture de Vincent et la possibilité d’une infection. Et Catherine fut avertie qu’elle avait absolument besoin de dormir. Mary souriait, soucieuse elle aussi mais de façon beaucoup plus amène.

- Pourquoi ne prendrai-je pas Jacob avec moi cette nuit ? Il est déjà endormi de toute façon. Mais c’est un travail à temps plein quand il se réveille. Et Catherine, je vous assure qu’une fois endormie, vous dormirez comme une souche pendant des heures. Votre corps voudra rattraper le temps perdu. Il ne faudrait pas vous réveiller avant que vous ayez récupéré.

Catherine se rendit à regret à cet argument. Elle adorait sentir son fils contre elle, son odeur, sa douceur. Mais Mary avait raison. Elle était émue au tréfonds par toutes ces personnes qui prenaient soin de Vincent, du bébé et d’elle-même. De plus après plus d’un an d’isolement, elle avait trouvé la journée difficile… et il y avait des questions qu’elle voulait poser à Vincent.

Père finalement fit taire tout le monde. Lui et Mary emmenèrent Jacob endormi et leur souhaitèrent une bonne nuit. Aussitôt qu’ils furent seuls, Catherine demanda.

- Vincent, comment tout cela a-t-il pu nous arriver ?

Vincent posa la main sur le lit à côté de lui en la regardant intensément. Elle se sentit tout à coup timide et baissa la tête en souriant. Mais vite, elle s’allongea à son côté et posa sa tête sur son épaule. Vincent lui raconta leur histoire sous la forme la plus condensée possible. Elle écoutait sagement le questionnant de temps à autre.

- Je n’ai donc jamais vécu En-Bas ? Nous vivions séparément ? Pourquoi ?

Vincent considéra cette question. N’était-ce pas évident ? Mais il répondit.

- Catherine, tu avais un travail En-Haut, un travail très important à tes yeux. Tu avais des amis, ta propre vie. Et bien… tu vois bien que la vie avec moi ne pouvait être que très limitée. Je ne pouvais pas te demander de rester avec moi pour partager mon sort.

- Je ne comprends pas. Nous étions ensemble, nous avons eu un enfant.

- Mais cela s’est passé dans des circonstances exceptionnelles. Avant cela et même après, Catherine… Jamais il y eut plus sévère chaperon pour surveiller deux amoureux que je ne l’ai été pour nos deux cœurs. Je me refusais et à toi aussi d’exprimer pleinement mon amour pour toi.

- Mais pourquoi ?

- Il y a plusieurs raisons. D’abord… Vincent leva ses main … à cause de ce physique j’avais peur de te blesser.

Catherine parut stupéfaite. Il se pencha sur elle et caressa ses cheveux.

- J’aurais du savoir que je ne t’aurais jamais fait de mal. Il la regarda. Je t’aimais si fort. Ton amour signifiait tant pour moi. Je ne trouvais aucune raison m’autorisant à te lier à moi quand je n’avais rien d’autre à t’offrir que le contenu de cette chambre.

- Le contenu de cette chambre, répéta Catherine après lui en observant le berceau de son fils, puis son visage. Tu m’as dit que j’étais riche, que j’avais des biens, ajouta-telle, un poste important, un statut, une position sociale dans la société d’En-Haut. Mais il y a quelque chose dont je suis sûre. Quand tu me dis cela, je ne ressens rien, ces choses n’ont aucune signification rien pour moi. Mais quand tu me dis que je possède… ce qui est dans cette chambre.

Elle reprit son souffle.

- Il n’y a rien qui puisse se comparer à ce qui est dans cette chambre, rien que je puisse jamais convoiter en dehors de cette chambre. Tu es là et notre fils aussi et notre amour l’un pour l’autre est là aussi. Peut-être que tu étais persuadé que tu ne pouvais pas te déclarer mais je ne ressens rien de tel. Je t’aime Vincent. Ce que Mouse a dit était vrai. Je ne pense pas que tu pourrais vivre dans un monde où je n’existerais pas, ni moi dans un monde sans toi et pas plus si nous étions séparés. Je t’aime.

Vincent se pencha pour l’embrasser. Cette fois-ci il y mit plus que de la tendresse, plus que de la passion, il l’embrassa avec toute la voracité d’une année anéantie et pour effacer tout le ravage ressenti en la perdant. Puis il recula, respirant fort pour reprendre son souffle. Il mit ses deux mains autour de son visage

- Je pensais ne jamais te revoir. Mais si tu me l’avais demandé, si quelqu’un m’avais dit que j’aurais une seconde chance, j’aurais su que je ne referais jamais la même erreur une seconde fois, j’aurais su que je t’aurais parlé de mon amour pour toi, et que je t’aurais dit que ton amour pour moi était le plus grand présent qui ai jamais été fait à un homme. Que tu m’aimes, et que tu me voies comme je suis vraiment en dépit de …ce que je suis, est le cadeau le plus généreux, le plus beau, le plus rare. Un cadeau bien plus grand que ce que je mérite. C’est pourquoi…

Vincent s’interrompit. Cherchant ses mots, il écarta ses mains de son visage.

- Tu m’as dit une fois que si c’était ton destin de m’aimer, tu l’acceptais avec reconnaissance et que je ne devrais pas avoir peur de vouloir ton amour et de l’obtenir. Je n’avais pas compris alors… A ce moment là, je ne pouvais pas comprendre comment tu pouvais m’aimer et… me désirer. J’étais incapable de voir au delà de ceci.

Il leva ses mains

- Ton amour pour moi embrasse tout ce que tu es : ton courage, ta générosité, ta sagesse, ta sensibilité, ta compréhension. Tout ce qui est beau et unique en toi, tu me l’as donné en m’aimant. Ce sont ces qualités qui t’ont rendue capable de me voir, de… m’aimer pour ce que je suis. Et tu m’as montré dans le miroir de cet amour ce que je suis vraiment, rien qu’un homme qui t’aime. Alors comment pourrais-je refuser cet amour.

Il rapprocha ses lèvres des siennes.

- J’aurais su, si tu me l’avais demandé, que je t’aurais dit tout cela et que je te l’aurais prouvé.

Sa voix n’était plus qu’un murmure. Il l’embrassa. Elle sentait l’accélération des battements de son cœur, la violence de sa respiration, la tension des muscles de son cou, le tremblement de sa mâchoire, la chaleur de ses mains à travers sa robe rustique.

- Je t’aime Catherine.

- Vincent, tes points de suture !

Il renonça un instant, la contemplant, la respiration audible et la poitrine haletante. Mais bientôt il l’attira vers lui, l’enveloppant de ses bras plus fort encore, l’embrassant encore plus ardemment. Elle était à cours d’idée pour arrêter ce qui allait arriver, pour l’arrêter lui, s’arrêter elle-même. Tout en l’embrassant tant et plus, il tenta de la couvrir de son corps. Elle réussit à s’éloigner de lui, le regardant dans les yeux. Elle lui sourit pendant qu’elle le repoussait doucement en arrière contre les oreillers et en un mouvement rapide renversa leur position. Un genoux de chaque côté de lui, elle chercha son regard. Ils étaient tous deux au bord du fou-rire à cet instant, mais quand elle rapprocha sa bouche de la sienne, il redevint sérieux.

- Dis mon nom encore une fois Vincent, dis mon nom.

- Catherine.

Elle caressa rapidement ses lèvres contre les siennes.

- Dis- le encore.

- Catherine.

Elle reporta tout le poids de son corps sur le sien.

- Encore, Vincent.

- Catherine.

Elle se mit à respirer vite, embrassa son menton, son cou, ses oreilles et sa bouche encore. Catherine répétait-il, l’embrassant en retour, ses mains enroulées dans ses cheveux longs. Catherine, Catherine.

***


Catherine frappa à la porte du bureau de Joe, passant sa tête dans l’entrebâillement. Diana et Joe étaient près de la fenêtre. Ils se séparèrent, un peu gênés.

- J’espère que je n’arrive pas au mauvais moment.

Joe s’avança.

- Tu plaisantes ? Finalement j’en étais venu à l’idée que ce petit gars n’était qu’une invention. Il ouvrit les bras.

- J’avais un rendez-vous médical aujourd’hui et j’avais promis que je vous présenterai. Donc me voilà.

En souriant, Catherine tendit Jacob à Joe, puis elle se tourna vers Diana.

- Cela ne te donne-t-il pas envie d’en faire un toi aussi ?

Les yeux de Diana s’élargirent.

- Non

- Sûrement que oui. Et regarde ce que nous avons mis de côté pour toi Jake.

Joe ouvrit son tiroir et en sortit une petite casquette de base-ball bleue foncée, brodée du logo des Yankee

- Je sais bien que ton père ne t’emmènera pas voir des match, mais c’est pour ça que tu as un oncle Joe.

Diana et Catherine se mirent toutes les deux à rire. Catherine s’assit.

- Alors comment s’annonce le procès ?

- Pour Torres, il ne se passera rien. On l’a retrouvé mort dans sa cellule hier. On pense qu’il s’agit d’un membre d’un gang rival.

- C’est vraiment dommage, remarqua Diana une certaine violence dans la voix.

- Quand à l’autre type, il plaide non coupable, continua Joe. Il persiste à mettre le meurtre de Ramirez et Machuca sur le dos de Torres. Mais il ne reverra jamais la lumière du jour. Et pour dire la vérité, je pense que qui que ce soit qui a tué son copain, le tuera bientôt lui aussi.

- Donc c’est fini.

- Oui, c’est fini, admit Joe. Comment se passent les histoires d’adoption pour ce bébé ?

- Bien. L’avocat que tu nous a conseillé est formidable, Joe. Qui aurait cru qu’il fallait tant de tampons rouges pour adopter une enfant dont personne ne veut ?

- Il y a une raison à tout ça. Les bébés nés intoxiqués au crack ont toutes sortes de problème neurologiques en grandissant, Cathy. Ton amie le sait, n’est-ce pas ?

- Éléanor le sait. Elle pense qu’Astrid, c’est ainsi qu’elle veut appeler cette fillette, comme sa mère, qu’Astrid et elle sont faites l’une pour l’autre. Crois-moi, elle a fait de nombreuses recherches sur le sujet et elle sait à quoi s’attendre. Et elle ne manquera pas de soutien.

- Tu as l’air en forme Cathy. Comment vont tes mains, interrompit Diana.

Catherine leva ses mains bandées.

- Plutôt bien. J’ai encore au moins une opération, mais je ne pourrai pas la faire avant un certain temps.

- Pourquoi ? Elles ne se cicatrisent pas aussi bien qu’elles devraient ?

- Oh, mes mains vont bien.

Elle regarda le sol puis leva la tête.

- Je ne suis pas allée voir le chirurgien aujourd’hui.

Catherine posa sa main sur son ventre. Diana la fixa un instant.

- Oh Cathy, vraiment ?

Catherine fit signe que oui. Joe resta indécis quelques instants puis dit finalement.

- Tu es enceinte ?

- Je suis enceinte

- Vous n’avez pas perdu de temps ! Puis prenant conscience de ce qu’il disait il ajouta: Désolé.

Les deux femmes rirent de son embarras. Joe rougit.

- Ben dis donc. Moi qui allais justement te demander de reprendre le boulot. Je suppose que c’est hors de question.

- C’est sûr. Je me rappelle à peine ma dernière grossesse et Vincent n’en n’a jamais rien su avant que tout soit fini. Il ne sait rien encore pour celle-ci. Je ne voulais pas le lui dire avant d’en être absolument sûre.

- Il va être ravi, lui dit Diana

- Je pense. Et je n’ai pas l’intention de passer une minute loin de lui. Je me suis arrêtée chez Jenny pour le lui dire. Donc si vous voulez me voir, moi et Jacob il faudra venir tôt le matin dans le Parc, parce que sinon je ne quitterai pas les tunnels.

Diana se pencha pour la serrer dans ses bras.

- C’est une super bonne nouvelle. Je viendrai plus tard ce soir en rentrant chez moi. Peut-être même que j’amènerai celui-ci avec moi, ajouta-telle en se levant.

- Je ne sais pas, dit Joe sarcastiquement, vous croyez que vous pouvez me faire confiance ?

Catherine et Diana se regardèrent l’une l’autre avant de le regarder de nouveau.

- Je pense qu’on peut, dit Diana en lui souriant largement et en lui prenant la main.

Il lui rendit son meilleur sourire de côté.


Vincent l’attendait près de la grille. Il s’avança et remarqua la casquette de Jacob. Pour jouer, il la fit monter et descendre, souriant aux rires de l’enfant.

- Catherine, que se passe-t-il ?

Catherine resta silencieuse et le regarda bien en face.

- Un bébé ? dit-il

Vincent l’enferma dans ses bras, puis reculant, il pencha sa tête de côté.

- Et cette fois…

- Cette fois, nous serons ensemble, ajouta-t-elle doucement.

Tous deux se faisaient face, chacun le regard fixé sur celui de l’autre. A l’unisson ils se murmurèrent : ensemble.

Vincent fit glisser Jacob de ses bras aux siens, l’installa sur sa hanche, puis il chercha sa main. Elle la plaça dans la sienne et il ferma doucement ses doigts autour de sa main encore bandée. Ils passèrent la grille ensemble, Catherine tirant derrière eux pour la fermer. Ils entrèrent dans les tunnels pour retourner tranquillement dans leur refuge souterrain, ensemble, ensemble pour toujours.


Et il vécurent toujours heureux.

FIN



1 Traduction de Charles Bernard-Derosne 1861


COME INTO THE GARDEN, MAUD

by Alfred, Lord TENNYSON

Come into the garden, Maud,
For the black bat, night, has flown,
Come into the garden, Maud,
I am here at the gate alone;
And the woodbine spices are wafted abroad,
And the musk of the rose is blown.

For a breeze of morning moves,
And the planet of Love is on high,
Beginning to faint in the light that she loves
On a bed of daffodil sky,
To faint in the light of the sun she loves,
To faint in his light, and to die.

All night have the roses heard
The flute, violin, bassoon;
All night has the casement jessamine stirred
To the dancers dancing in tune;
Till a silence fell with the waking bird,
And a hush with the setting moon.

I said to the lily, ‘There is but one
With whom she has heart to be gay.
When will the dancers leave her alone ?
She is weary of dance and play.’
Now half to the setting moon are gone,
And half to the rising day ;
Low on the sand and loud on the stone
The last wheel echoes away.

I said to the rose,
‘The brief night goes In babble and revel and wine.
O young lord-lover, what sighs are those,
For one that will never be thine ?
But mine, but mine,’ so I sware to the rose,
‘For ever and ever, mine.’

And the soul of the rose went into my blood,
As the music clashed in the hall;
And long by the garden lake I stood,
For I heard your rivulet fall
From the lake to the meadow and on to the wood,
Our wood, that is dearer than all ;

From the meadow
your walks have left so sweet
That whenever a March-wind sighs
He sets the jewel-print of your feet
In violets blue as your eyes,
To the woody hollows in which we meet
And the valleys of Paradise.

 The slender acacia would not shake
One long milk-bloom on the tree ;
The white lake-blossom fell into the lake
As the pimpernel dozed on the lea ;
But the rose was awake all night for your sake,
Knowing your promise to me ;
The lilies and roses were all awake,
They sighed for the dawn and thee.

Queen rose of the rosebud garden of girls,
Come hither, the dances are done,
In gloss of satin and glimmer of pearls,
Queen lily and rose in one ;
Shine out, little head, sunning over with curls,
To the flowers, and be their sun.

There has fallen a splendid tear
From the passion-flower at the gate.
She is coming, my dove, my dear ;
She is coming, my life, my fate ;
The red rose cries, ‘She is near, she is near ;’
And the white rose weeps, ‘She is late ;’
The larkspur listens, ‘I hear, I hear ;’
And the lily whispers, ‘I wait.’

She is coming, my own, my sweet,
Were it ever so airy a tread,
My heart would hear her and beat,
Were it earth in an earthy bed ;
My dust would hear her and beat,
Had I lain for a century dead ;
Would start and tremble under her feet,
And blossom in purple and red.
Tentative de taduction/adaptation
par Annik
(nous sommes sur la piste d'une traduction d'époque)

Viens, entre dans le jardin, Maud

La nuit, sombre et ailée, a fui
Viens, entre dans le jardin, Maud
Solitaire, j'attends ici
Sous le parfum musqué des roses
Et du chèvrefeuille épicé

La brise du matin se lève
L'étoile d'Amour, au plus haut
S'évanouit dans un ciel qui brille
Dans un ciel couleur de jonquille
Dans le soleil qu'elle chérit
Elle meurt et s'évanouit

Les roses ont tremblé au son
Des flutes, violons, basson
Et les danseurs, main dans la main
Ont fait tressaillir le jasmin
Jusqu'au silence du matin
Quand la lune se couche enfin

J'ai dit au lis: 'Il n'y en a qu'un
Pour qui son coeur puisse être gai
Que les danseurs la laissent en paix
Elle est lasse des jeux sans fin'
Lune au déclin, soleil levant
Les ont chassés, en ne laissant
Sur le sable et la pierre sonore
Qu'un écho qui résonne encore

J'ai dit à la rose 'La nuit
Vite s'enfuit dans la joie et le vin.
Mais, jeune amant, que viens-tu soupirer
Pour qui jamais ne sera tienne?
Mienne, si, mienne!' ai-je juré
Pour les siècles des siècles, mienne.'

Et l'âme de la rose est entrée en mon sang
Tandis que la musique emplissait le salon
Et au bord de l'étang je suis resté longtemps
Ecoutant couler ta rivière
Du lac à la prairie et jusqu'au fond du bois
Ce bois que tant nous chérissons

De la prairie laissée si douce par tes pas
Que quand souffle le vent de mars
La précieuse empreinte de tes pieds s'y voit
Sertie de violettes aussi bleues que tes yeux
Jusqu'aux ravins boisés qui cachent nos ébats
Et les vallées du Paradis

Le svelte acacia n'a pas daigné mouvoir
La moindre de ses grappes, et du doux nénuphar
La blanche fleur dans le lac est tombée
Tandis que le mouron sommeillait sur le pré
Mais la rose pour toi cette nuit a veillé
Sachant ta promesse envers moi
Roses et lis sont restés éveillés
Soupirant pour l'aube et pour toi

Reine des roses parmi les filles fleurs
Viens ici, la danse à pris fin
Brillant de perle et de satin
Reine des roses et des lis
Que ta fine tête bouclée
Resplendisse au milieu des fleurs,
Couronnée d'or, sois leur soleil.

Une larme splendide est tombée
De la fleur de la passion à l'entrée
Elle vient, ma colombe, ma chère
Elle vient, ma vie, ma destinée
La rose rouge crie "Elle approche!"
La rose blanche pleure "Trop tard!"
L'alouette écoute "J'entends!"
Et le lis murmure "J'attends."

Elle vient, ma douce, ma tendre,
Fût son pas plus léger que l'air
Que mon coeur battrait à l'entendre
Même du fond d'un lit de terre
Et serais-je poussière qu'encore
Sous ses pas on me verrait battre
Et fleurir d'un pourpre écarlate
Fût-ce des siècles après ma mort



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