QUAND JE REVIENDRAI

(I shall emerge)
de Becky Bain
Ttraduit de l'américain par Agnès

Chapitre 8

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Tout était froid et noir autour d’elle, mais elle se sentait en sécurité avec la main qui tenait la sienne et elle n’avait pas peur. Catherine leva la tête et sourit. Belle et sereine, sa mère lui sourit en retour.

« Tu ne peux garder cela, tu le sais », dit une voix. Froide et dure, elle résonnait dans l’obscurité. « Tu ne peux rien garder ».

La main qui tenait la sienne, la main de sa mère, s’amenuisa jusqu’à lui glisser entre les doigts. Catherine tourna frénétiquement sur elle-même, les deux mains tendues, sans résultat. Sa mère était partie.

« Maman ! » s’entendit-elle dire, d’une petite voix malheureuse dans le noir.

« Maman » répondit une autre voix.

« Nick » Elle le chercha partout autour d’elle.

« Maman ! » hurla-t-il la voix terrorisée.

« Nicky ! »La panique l’envahit tandis qu’elle cherchait son chemin dans le noir. Une lumière apparut dans le lointain et elle se dirigea vers elle criant le nom de son fils  de toutes ses forces.

Nicolas était debout, seul au centre de la zone lumineuse. Il portait son vieux pyjama bleu et avait coincé son ours sous son bras. Son visage était inondé de larmes. « Maman, sanglotait-il, Maman ».

« Je suis ici, Nick ». Elle essaya de l’atteindre mais une barrière invisible l’en empêcha. « Je suis juste là, tout près». Il ne semblait pas l’entendre. Elle donna des coups de poings dans la barrière qui les séparait. « Je suis là Nicky », hurla-t-elle.

Inconsolable, la poitrine soulevée de sanglots, il s’éloignait. « Maman » pleura-t-il une dernière fois avant de disparaître, complètement abandonné.

 

  - Catherine, réveille-toi.

La voix de Vincent n’arrivait pas à l’atteindre. Alors qu’elle s’efforçait de se réveiller, elle réalisa que les sanglots de Nicolas étaient réels et que Vincent était debout près du lit, Nicolas dans ses bras.

  - Catherine, répéta-t-il sur un ton urgent. Réveille-toi.

Elle se débattit sous l’enchevêtrement de couvertures et d’oreillers tout en luttant selon son automatisme habituel contre la terreur réveillée par le rêve.

  - Viens, dit-elle. Je vais le prendre.

En dépit des relents de cauchemar et du sommeil qui obscurcissaient son  esprit, son instinct maternel fut choqué quand Vincent recula en secouant la tête.

  - Non, répondit-il presque brutalement. Il a peur et tu vas lui faire encore plus peur.

Elle ouvrit la bouche pour protester mais prit conscience que son cœur battait encore la chamade et que ses mains tremblaient, sous l’emprise de son cauchemar. Elle était incapable d’oublier la petite figure décomposée de Nicolas en train de disparaître. Elle repoussa en arrière ses cheveux trempés et se concentra sur sa respiration afin de retrouver la zone de calme à laquelle elle s’accrochait depuis si longtemps.

Mais il lui était de plus en plus difficile de la retrouver. Le temps qu’elle y parvienne suffisamment pour s’approcher de lui, les pleurs de Nicolas s’étaient calmés. Elle s’agenouilla près du fauteuil où Vincent s’était assis avec leur fils sur les genoux et caressa le petit dos de ses doigts hésitants.

  - Maman, dit-il en se tournant pour la prendre dans ses bras.

Vincent le laissa faire et prit le bras de Catherine pour l’aider à s’asseoir sur le fauteuil, Nicolas pelotonné sur ses genoux, les bras serrés fort autour de son cou.

  - Je ne pouvais pas te trouver, dit-il d’une petite vois tremblotante. Je regardais partout et je n’arrivais pas à te trouver.

Elle eut un choc en comprenant ce que ses paroles impliquaient et elle sursauta. Vincent se pencha vers eux, avec une expression inquiète.

  - C’était mon rêve, dit-elle tout bas. Je crois qu’il a rêvé la même chose.

 

 

Nicolas l’étranglait presque et refusait la simple idée de retourner dans son lit.

  - Non, gémit-il, je veux dormir avec vous.

Catherine regarda Vincent qui donna son accord et porta Nicolas jusqu’à leur lit. L’enfant se mit sur le côté, le dos contre le torse de son père, le poing fermement attaché à un pli de la chemise de nuit de Catherine. Puis, comme si le contact de ses deux parents réunis le calmait, il soupira et s’endormit.

Catherine regarda le petit corps endormi et sourit.

  - Il va aller bien maintenant.

  - Pour cette fois ! répondit Vincent sans répondre à son sourire. Catherine qu’as-tu voulu dire quand tu as dit qu’il a rêvé la même chose que toi ?

Elle aurait bien voulu qu’il n’ait pas l’air aussi sévère. Elle avala sa salive et s’efforça de répondre la gorge soudain sèche.

  - Quand il a dit qu’il ne pouvait pas me trouver ! C’est ce que j’étais en train de rêver. C’était la fin de mon rêve. Je l’entendais m’appeler, je pouvais même le voir, mais il ne pouvait ni m’entendre, ni me voir. Et je ne pouvais pas aller jusqu’à lui. Il partait au loin dans le noir et je ne pouvais l’atteindre.

À cette pensée, elle trembla et, enfin, Vincent tendit la main pour prendre sa joue.

  - Ne peux-tu pas voir que tu es en train de lui faire du mal ? demanda-t-il. Ces rêves que tu as le terrorisent. Et maintenant, il y participe. Tu ne peux pas lui faire ça.

  - Que suis-je supposée faire ? Cesser de rêver ?

  - Tu dois essayer, Catherine, lui dit-il encore plus doucement. Tu dois en parler. C’est le seul moyen de les faire disparaître. Tu le sais bien.

Elle ferma les yeux et trembla, heureuse qu’il n’ait pas retiré sa main. Elle frotta sa joue contre sa paume, son contact lui donnant la force de répondre.

  - Je rêve de choses qui me sont arrivées autrefois. Quand j’étais dans le coffre de la voiture à Stoney Point avant que tu ne viennes à mon secours. De l’eau, d’être enfermée et de ne pouvoir respirer.

  - C’est toujours la même chose que tu rêves ?

Elle secoua la tête.

  - De quoi d’autre ?

  - Quelquefois je rêve de la camionnette. Ils me maintiennent, je sens leurs mains sur mon poignet, sur mes épaules. Le rasoir se rapproche de plus en plus près. Elle trembla. Quelquefois je ne me réveille pas avant qu’ils ne m’aient tailladé le visage.

  - Et quoi encore ?

  - Je rêve de toi aussi. Je sais que tu es en danger, mais je ne peux te trouver. Pourtant je te cherche partout. Elle ferma les yeux et se remit à trembler. Isaac et moi sommes dans un taxi remontant et descendant le quartier est, cherchant et cherchant…

Il se souleva pour se pencher par-dessus leur fils et la prendre dans ses bras.

  - Tu es en sécurité maintenant. Aucun de ces événements ne peut plus te faire de mal. Ils font partie du passé.

  - Je le sais, je ne cesse de me le dire. Mais ils ne veulent pas partir, Vincent. Je les rêve encore et encore et c’est pire à chaque fois. Je n’ai pas fait de cauchemars à leur sujet pendant des années et je ne comprends pas pourquoi ils reviennent maintenant, ni pourquoi, ils me font si peur.

  - Ce ne sont pas eux qui te font peur, Catherine, dit-il tendrement. Tu rêves à leur sujet parce que c’est sans danger. Tout cela, c’est terminé et ne peut plus te blesser. C’est ce dont tu ne rêves pas, qui te terrorise.

Elle évita ses yeux.

  - Catherine, dit-il au bout d’un moment. Est-ce que tu m’entends ?

Elle fit un signe, se sentant à bout et abandonnée.

  - Cet homme domine encore ton inconscient et te terrifie, continua-t-il. Que tu le veuilles ou non !

Elle ne supporta pas sa tranquille insistance qui excita ses nerfs soudain à vifs.

  - Je ne sais pas Vincent. Peut-être. Je ne veux pas en parler.

S’extrayant de ses mains, elle se releva et sortit du lit. Elle manquait d’air dans cette grotte, elle était en cage entre ces murs trop rapprochés. Le souffle court, la poitrine oppressée, elle s’adossa contre le mur. Quand Vincent lui prit le bras, elle se débattit pour l’écarter, mais il maintint sa prise pour l’en empêcher.

  - Je t’en prie Catherine, supplia-t-il, ne me fais pas ça. Ne me repousse pas.

  - Je n’en peux plus, haleta-t-elle. Ça m’écrase. Fais que ça s’arrête. Fais quelque chose.

Il prit une de ses mains et la tint fort entre ses deux paumes.

  - Crois-tu que je ne le ferais pas si je pouvais ? dit-il. Mais la seule personne qui peut vaincre cette terreur, c’est toi-même, Catherine. Et pour cela tu dois regarder la vérité en face.

  - En face ?

Même elle pouvait se rendre compte que sa voix était au bord de l’hystérie.

  - Est-ce que tu sais ce que cela veut dire ? Cela veut dire que je vais devoir remonter à la surface, aller là où il est, et me confronter à lui.

Il resta silencieux, son expression indéchiffrable.

  - Il m’attend, Vincent, continua-t-elle en combattant sa panique. Il me tuera. Est-ce que cela t’est égal ?

Les yeux de Vincent s’obscurcirent totalement à l’idée de cette perte incommensurable et ses mains serrèrent les siennes encore plus fort. Elle essaya de bouger ses doigts sans y parvenir.

  - Vincent, tu me fais mal.

Il sembla seulement prendre conscience de son geste et la relâcha avant de s‘éloigner de l’autre côté de la chambre où il serra les poings contre une table dans une attitude douloureusement familière. Elle se demanda fugitivement comment Nicolas pouvait dormir au milieu de cette tourmente d’émotions et de mots, mais un rapide coup d’œil lui montra qu’il était endormi, complètement détendu, la main au-dessus de sa tête.

  - Crois-tu que je veuille que tu remontes ? La voix de Vincent était rugueuse et presque furieuse. Crois-tu que j’aurais un instant de repos si tu étais là-haut ?

Il était impossible qu’elle passe à côté de l’angoisse exprimée par son attitude et son expression.

  - Non, répondit-elle à contrecœur. Je ne crois pas que tu veuilles ça.

Il se retourna pour la regarder.

  - Ce que je veux Catherine, c’est que tu te libères de ces peurs, de ces cauchemars. Il fit un signe en direction de Nicolas. Je veux que notre fils ait une mère qui soit forte, qui soit capable de lui apprendre à faire face. Sa voix s’adoucit. Tu ne te rends pas compte à quel point tu as changé Catherine. Auparavant, la femme que j’aimais était différente. Elle était courageuse et intrépide.

  - C’était avant qu’elle ne passe six mois dans une pièce, traitée comme du matériel de reproduction, lui lança-t-elle avec violence. C’était avant qu’elle ne découvre que le malheur existe. Cette femme est morte, Vincent. Gabriel l’a tuée.

Il adoucit son regard, et répondit sans hésiter.

  - Tu as tort, lui dit-il. Cette femme a su trouver le moyen de s’échapper d’une véritable forteresse. Elle a eu la force et l’énergie de protéger notre fils et d’assurer sa sécurité pendant trois ans. Elle est encore là, Catherine. Elle s’est effondrée ces dernières semaines, mais elle vit en toi. Il n’y a que toi qui puisses la faire revenir.

  - Peut-être que je ne veux pas, rétorqua-t-elle. Peut-être que je suis fatiguée d’être courageuse. Et peut-être que celle que je suis n’est plus assez bien pour toi et que tu devrais sortir.

Il plissa le front, perplexe les yeux grand-ouverts.

  - Tu ne penses pas ce que tu dis.

  - Ne me dit pas ce que je pense ou pas, hurla-t-elle, perdant tout contrôle. C’est ma chambre et je veux que tu t’en ailles.

Il se redressa, se repliant dans la dignité calme qu’elle connaissait si bien.

  - Très bien, répondit-il. Mais Nicolas vient avec moi.

Avant qu’elle puisse réagir, il s’était penché sur le lit et avait pris le petit garçon dans ses bras. Nicolas à demi-réveillé passa ses bras autour du cou de Vincent et se rendormit aussitôt, la tête sur l’épaule de son père

  - Tu ne peux pas l’emmener. Il est à moi.

  - Il est à moi tout aussi bien, lui rappela-t-il, la voix cassée. Tu es à bout de nerfs, Catherine. Tu ne peux que le tourmenter davantage. Je te le ramène demain matin, quand tu seras plus posée.

Sidérée, Catherine le regarda sortir de la chambre à grandes enjambées. Ce n’est que lorsque le bruit de son pas s’évanouit qu’elle pensa à courir derrière lui. Mais l’idée de lui arracher Nicolas l’horrifia. Nicolas se réveillerait, sangloterait probablement, il ne pourrait qu’être bouleversé par la tournure des événements. Et bien qu’il soit tard, ils pourraient être vus ou entendus par d’autres.

Cela lui faisait horriblement mal, mais il était clair que le mieux pour l’instant était de laisser Vincent s’en aller. Nicolas était en sécurité avec lui. Elle allait essayer de dormir et, demain matin il serait temps de faire le point.

 

 

Son lit lui sembla froid et solitaire, de sorte qu’elle s’écroula dans le fauteuil, le visage mouillé de larmes sans espoir. Elle y était encore quand les bruits du matin — bruits de pas, signaux sonores dans les tuyaux — annoncèrent le début d’une nouvelle journée. Ses yeux étaient secs maintenant et la piquaient du fait du manque de sommeil. Elle aurait du se lever, s’habiller mais elle n’avait aucune volonté.

  - Doucement, Nicolas. C’était la voix de Vincent, basse mais parfaitement reconnaissable. Il y a des gens qui dorment.

Catherine se redressa toute droite.

  - Maman est réveillée, répondit Nicolas sûr de lui, elle a besoin de moi.

Tout en disant cela, il courut dans la chambre, directement dans ses bras.

  - Oh Nicky ! murmura-t-elle. Tu m’as manqué.

  - Moi aussi, répondit-il. Est-ce que ça va ?

  - Ça va, assura-t-elle. Ça va. As-tu bien dormi ?

  - Oui, répondit-il mais tu sais quoi ?

  - Quoi ?

  - Je suis allé dans ton lit et je me suis réveillé dans le lit de Papa ! dit-il en riant, enchanté.

  - Vraiment ?

Elle essaya d’avoir l’air intéressé mais sa gorge était si serrée qu’elle ne put empêcher de prononcer ces mots avec une fâcheuse tension. Sans doute Nicolas l’entendit-il car sa joie tomba et une petite ride apparut sur son front.

  - Comment ça se fait que j’étais dans le lit de Papa ? Je croyais que Papa dormait avec nous maintenant.

Un mouvement dans la porte d’entrée attira son attention et elle regarda par-dessus l’épaule de Nicolas pour voir Vincent solidement planté dans l’ouverture.

  - Non dit-elle distinctement, désireuse de le provoquer, plus maintenant.

Elle savait qu’il l’avait forcément entendue, et c’était bien son intention, mais Vincent ne réagit pas. Au lieu de cela, il inclina sa tête courtoisement.

  - Bonjour, Catherine, dit-il. Nicolas était inquiet à ton sujet. Est-ce que je le laisse ici ou préfères-tu venir le chercher quand tu seras prête ?

  - Laisse-le, dit-elle. Il est bien.

Vincent pencha la tête de nouveau de façon assez formelle pour marquer son accord et se retira. Nicolas s’agita dans les bras un peu trop serrés de sa mère.

  - Maman, dit-il, laisse-moi.

Elle dut faire un effort pour relâcher ses bras mais elle le garda sur ses genoux.

  - Maman, tu es fâché contre moi ? demanda-t-il.

Elle le regarda attentivement pour la première fois de la matinée, il n’y avait pas de véritable question sur son petit visage.

  - Non, Nick. Qu’est-ce qui te fait croire que je sois fâchée contre qui que ce soit ?

  - Je le sens, dit-il en tremblant. Je n’aime pas du tout quand tu es fâchée, Maman.

  - Je suis désolée. Je vais essayer de ne pas l’être, promit-elle en inspirant profondément, à la recherche du calme qui semblait lui faire si souvent défaut ces jours-ci. C’est mieux comme ça ?

Il la regarda comme pour évaluer ses propos.

  - Peut-être, dit-il. Est-ce qu’on peut aller au petit-déjeuner maintenant ? J’ai faim.

Catherine craignait à moitié leur arrivée dans la salle à manger. Vincent serait-il là ? Et s’il y était, s’attendait-il à les voir se joindre à eux ? Et si elle allait à une autre table, que dirait Nicolas ? Et que penseraient les autres ? Pour la première fois sans doute, elle regretta la vie commune et tout ce qui faisait que la vie privée de chacun était ainsi virtuellement livrée à la vue de tous. Elle fit une pause avant d’entrer pour balayer du regard les personnes présentes. Elle ne sut pas si elle devait se réjouir ou être déçue quand Nicolas confirma ses observations.

  - Papa n’est pas là.

  - Il a probablement des choses à faire ce matin, dit Catherine avec un enjouement forcé. Mais regarde, Brian est là. On pourrait aller s’asseoir avec lui.

Un Ami avait envoyé un cageot d’œufs frais et William était debout, la main sur la poêle à omelette.

  - Qu’est-ce que je vous prépare Catherine, demanda-t-il. J’ai des champignons du jardin de Mouse, il y a du fromage. Oh ! Et Monsieur Long m’a envoyé des tomates bien mûres, des oignons et quelques poivrons. Il lui fit un clin d’œil accompagné d’un large sourire. J’ai gardé les poivrons pour ceux qui les apprécient vraiment.

Catherine se força à rire.

  - Alors pas pour moi, William. Je crois bien que je ne les ai jamais aimés ! Mais une omelette au fromage avec des tomates, ça me fait envie.

  - C’est parti, déclara William en commençant à saupoudrer les ingrédients requis sur les œufs qui avaient commencé à cuire dès qu’elle était entrée. Et pour le petit homme ?

Catherine regarda vers Nicolas qui contemplait la fabrication de l’omelette avec une évidente fascination.

  - Super, dit-il quand William glissa d’une main experte l’omelette brûlante sur une assiette en attente. Est-ce que je peux le faire ?

  - J’ai bien peur que non, petit gars, dit William. C’est très chaud. Attends quelques années et je me ferais une joie de t’apprendre.

  - Qu’est-ce que tu veux dans tes œufs brouillés, Nicolas ? demanda Catherine pour distraire son attention. Du fromage ?

Nicolas pinça le nez.

  - Beurk ! Je veux du ketchup.

Catherine prit à son tour une expression dégoûtée.

  - Du ketchup ! sur des œufs !

William lui tendit ses œufs brouillés nature sans s’émouvoir.

  - Tu passe ton temps avec Brian, n’est-ce pas petit monstre ? lui demanda-il  en clignant de l’œil. Il a vidé une bouteille de ketchup là dessus.

Catherine et Nicolas rejoignirent Nathalie et Brian à leur table et Catherine regarda avec une légère horreur Nicolas verser du ketchup sur ses œufs. Ceux de Brian étaient déjà couverts de la même sauce rouge.

  - Je sais, dit Nathalie d’un air compréhensif. Essaye de ne pas regarder.

C’est ce que fit Catherine. Elle attaqua son omelette bien moelleuse.

  - Quand ont-ils eu l’occasion d’échanger sur la meilleure façon de manger les œufs brouillés ? demanda-t-elle. Nicolas n’en avait encore jamais demandé.

  - La semaine dernière lui dit Nathalie avec un petit rire. Je ne sais pas où tu étais mais Vincent accompagnait Nicolas au petit déjeuner et il est venu s’asseoir avec nous. C’était des œufs comme aujourd’hui. Brian les mange toujours de cette façon et Nicolas a voulu essayer lui aussi.

Catherine avisa l’assiette de Nathalie qui semblait avoir contenu une omelette aux champignons et oignons, sans le moindre signe de ketchup.

  - Mais où Brian a-t-il appris cela ?

Nathalie rit de nouveau.

  - C’est ma mère. Elle les mange comme ça. C’est ce que je faisais aussi quand j’étais petite, mais plus maintenant.

Elle se pencha en arrière pour déguster son café.

  - Où est Vincent ce matin ? demanda-t-elle. Il est entré et sorti, il y a environ dix minutes. Il a à peine pris prendre le temps de mâcher.

Catherine réussit à ne pas ciller à cette question.

  - Je ne sais pas, répondit-elle, essayant de parler de sa voix ordinaire. On ne s’est pas parlé ce matin.

Nathalie lui lança un long regard réfléchi.

  - Vous ne vous êtes pas parlé ? C’est bizarre.

  - Pourquoi ? demanda  Catherine sur la défensive, en essayant de tempérer le ton de défi qu’elle entendait dans sa propre voix. Je veux dire, qu’est-ce qui te fait penser que j’aurais pu lui parler ?

Nathalie sourit.

  - Catherine, cela ne fait pas longtemps que tu vis dans notre communauté. Tu ne sais donc peut-être pas que c’est comme un village ici. Un tout petit village. On ne peut pas y avoir de secrets. Tout le monde sait où Vincent passe ses nuits.

Elle sentit le rouge à ses joues et pencha la tête pour le cacher.

  - Oh !

  - Tout le monde s’en réjouit, continua Nathalie. Personne ne mérite plus que Vincent d’être heureux. Sauf peut-être toi.

La sincérité de ses propos fut de trop pour Catherine. Elle pencha la tête, cette fois pour cacher la montée soudaine de ses larmes. Nicolas parla d’une voix perçante pleine d’anxiété.

  - Maman ?

  - Ta maman va bien, Nicolas, lui dit Nathalie d’une voix calme et même enjouée. Geoffrey pourrais-tu rester avec Brian et Nicolas jusqu’à ce qu’ils aient fini et les conduire ensuite chez Maman.

  - Bien sûr, Nathalie, accepta Geoffrey avant de changer de table. Est-ce que Catherine va bien ?

  - Catherine va se remettre, dit Nathalie. Ne t’inquiète pas.

Elle se pencha et prit Catherine par le bras.

  - Allez, viens. On s’en va.

À demi aveuglée par ses pleurs, Catherine se laissa conduire hors de la salle. Marcher lui permit de se recentrer et quand elles arrivèrent à la chambre de Nathalie, elle avait séché ses larmes et se contrôlait de nouveau.

  - Je me sens idiote, dit-elle en s’asseyant sur une chaise. Je me suis donnée en spectacle à pleurer comme ça devant tout le monde.

  - Personne ne pensera du mal de toi, lui garantit Nathalie en préparant la cafetière. Étant donnée la pression que tu as vécue ces dernières années, c’est plutôt surprenant que ça ne soit pas arrivé plus tôt.

  - Oh, si c’est arrivé ! dit Catherine avec un petit rire morne. Dans l’intimité de ma chambre, heureusement.

  - Et avec Vincent pour te réconforter, devina Nathalie.

Les larmes lui montèrent de nouveau aux yeux et Catherine regarda ailleurs. Nathalie arrêta ses préparatifs et s’assit, tendant les bras à travers la table pour lui prendre les mains.

  - Que se passe-t-il Catherine ? Qu’est-ce qui va mal ?

Catherine secoua la tête en restant muette.

  - Tu peux me raconter, lui dit Nathalie d’un ton persuasif. Quoique tu me dises, cela ne sortira pas de cette chambre. Tu le sais.

  - Je sais murmura-t-elle, mais je ne peux pas.

  - Bien sûr que tu peux, contra Nathalie. Tout le monde a besoin de parler de temps en temps. Et… Je sais écouter.

Catherine leva la tête pour regarder Nathalie. Ses yeux sombres étaient doux et pleins de chaude sympathie et elle ressentit soudain le désir de déverser son cœur.

  - La nuit dernière, commença-t-elle, nous avons eu une terrible dispute. À la fin je lui ai dit de partir.

  - Oh !

Nathalie fut troublée un instant.

  - Bon. Tu sais. Cela arrive dans la meilleure des relations. Les gens ne sont pas identiques, c’est tout. Ils s’énervent, se mettent en colère, disent des choses qu’ils ne pensent pas. Il n’y a pas meilleur cœur que Vincent. Si tu lui dis que tu es désolée, il te dira que lui aussi est désolé.

Catherine ne put empêcher un petit sourire ironique de venir sur ses lèvres en même temps qu’elle secouait la tête.

  - Je suis sûre qu’il le ferait. Mais c’est plus grave.

  - Plus grave ? En quoi ? demanda Nathalie d’une voix circonspecte. Que s’est-il passé ?

Catherine lui parla, avec beaucoup d’interruptions, de ses rêves et de la conviction de Vincent qu’elle devait y faire face.

  - Il m’a dit que je suis différente de la femme qu’il aimait auparavant, conclut-elle à travers les larmes qui avaient recommencé à couler au récit de leur querelle.

  - Bon. Je ne peux pas le savoir, répondit Nathalie. Je ne te connaissais pas autrefois. Mais Vincent sait de quoi il parle, non ?

  - Je sais que j’ai changé… lui aussi est différent d’une certaine façon.

La colère assécha ses larmes et elle essuya ses yeux avec impatience.

  - C’est irréaliste de sa part de s’attendre à ce que je sois la même. Et de toute façon, quelle différence ça fait ?

  - Ça m’étonnerait que ça fasse une véritable différence pour lui, réfléchit Nathalie. D’après ce que tu m’as dit, il est surtout inquiet pour la différence que ça fait pour toi.

Elle regarda Nathalie avec un air de désarroi.

  - Je ne comprends pas.

  - Tu m’as dit qu’il se souvenait de toi comme quelqu’un de courageux et d’intrépide. Tu ne l’as pas contredit, ni la nuit dernière, ni tout de suite devant moi, donc tu dois te rappeler de toi-même de la même façon. Mais, Catherine, je suppose qu’il voit dans tes rêves et dans la peur qui se cache derrière eux, quelque chose qui annihile ton courage.

  - Oui, je sais dit-elle nerveusement, c’est ce qu’il m’a dit. Plusieurs fois.

  - Tu ne comprends pas ? demanda Nathalie. Cela ne change pas la façon dont il te voit, mais la façon dont tu te vois.

 

 

Catherine se débattit toute la matinée, en surveillant Brian et Nicolas, en faisant la lessive, en coupant les cheveux de Nicolas qui en avaient bien besoin. Les mots de Nathalie ne cessaient de la poursuivre. Elle essaya de leur résister. Tout ça était faux, se disait-elle, et même si c’était vrai, quelle différence cela faisait ? Elle n’était pas celle qu’elle était quatre ans plus tôt. Et alors ? Les gens changent en vieillissant. Elle n’était pas non plus, il y a quatre ans, celle qu’elle avait été trois ans encore avant. Son père avait trouvé à redire à ces changements, parce qu’ils menaçaient de lui enlever sa petite fille. Vincent n’était malheureux que parce que cette évolution ne lui plaisait pas. Bon, c’était triste, c’est tout.

Sauf qu’elle savait au plus profond d’elle-même que Vincent ne voulait que ce qu’il y avait de mieux pour elle ! Que ce qui était juste !

 

 

Le problème la tourmenta sans relâche et après le déjeuner, elle alla trouver Père.

  - Bon après-midi, Catherine lui dit-il en l’accueillant. Comment allez-vous ?

Sa question pleine de sollicitude, lui rappela que c’était la veille seulement que Vincent avait envoyé Nicolas seul chez son grand-père pour le protéger pendant qu’elle….

Froidement, elle chassa le souvenir.

  - Ça va Père, dit-elle avec bravade.

Puis elles se rappela la raison de sa visite et sa résolution faiblit.

  - Non, en fait, je ne vais pas bien. Pas bien du tout.

Il fit le tour de son bureau pour la conduire à un fauteuil, mais elle résista à ses efforts pour la persuader de s’asseoir.

  - Non, Père. S’il vous plait. J’ai juste besoin…

  - Tout ce que vous voudrez, tout…

Elle avala sa salive.

  - Je voudrais annuler mon cours d’aujourd’hui. Si c’est possible.

  - Bien sûr. Êtes-vous malade ?

Elle secoua la tête.

  - Non pas malade… juste déprimée.

Évidemment, cet aveu le déstabilisa.

  - Ma chère enfant. Je vous en prie laissez moi vous verser une tasse de thé.

  - Le thé n’y fera rien, Père.

  - Non, mais parler, oui.

Elle ravala un sanglot qui ressembla à un demi-rire.

  - J’ai déjà parlé Père. J’ai besoin de réfléchir et j’ai besoin de temps pour ça.

À sa décharge, il ne fit pas pression sur elle.

  - Très bien, Catherine. Je fais prévenir les enfants. Est-ce que Nicolas va bien ?

Elle le regarda fixement avant de comprendre qu’il demandait, à sa manière discrète, si elle avait besoin d’aide à son sujet.

  - Il est avec Nathalie, dit-elle. Tout va bien.

  - Tant mieux, dit-il. C’est un bon garçon.

Et elle vit qu’il ne savait plus quoi dire ou faire.

À la pensée de ce qu’elle pourrait faire à Nicolas si ce que Vincent avait dit avait du sens, le mur épais qu’elle avait bâti autour d’elle s’écroula.

-        Je suis désolée, parvint-elle à dire avant de perdre toute contenance.

 

 

Elle se rua hors du bureau pour chercher refuge dans l’intimité de sa propre chambre. Une fois là, elle se roula en boule sur le lit et pleura longuement, des larmes de haine et de colère, puis des larmes de douleur et de défaite. Quand elle n’eut plus de larmes, elle resta étendue dans le calme, l’œil vague. Au bout d’un moment, elle commença à sentir le froid des tunnels et remua pour prendre un patchwork plié au pied du lit et le poser sur elle. Elle réchauffa ainsi son corps mais pas son cœur. Elle resta sans bouger jusqu’à ce que la dernière bougie vacille et meure.

Elle faillit tomber dans le noir en cherchant à tâtons des allumettes. Elle alluma une bougie neuve puis une autre et examina son reflet dans le miroir. Ses yeux étaient creux et cernés, comme hantés.

On devait être bien après l’heure du dîner pensa-t-elle vaguement avant de se demander pour la première fois pourquoi Nathalie ne lui avait pas ramené Nicolas. Une peur réflexe s’alluma en elle mais son bon sens réussit à la chasser. Père savait où était Nicolas, il devait avoir demandé à Nathalie de le garder. Ou bien c’était Vincent qui s’en occupait. De toute façon, il était en sécurité. Elle pouvait en être sûre.

Elle se lava la figure avec l’eau tiède qui restait dans son broc du matin, passa une brosse dans ses cheveux emmêlés et lissa ses vêtements froissés. Tout s’était décanté pour Catherine. Les défenses qu’elle avait érigées contre les propos de Vincent et de Nathalie avait été anéanties dans le torrent de ses larmes et elle avait vu clairement ce que sa conscience éveillée avait refusé de reconnaître. Pendant les heures apaisées qui avaient suivi, elle avait finalement regardé en face l’aride réalité de ce qui lui restait à faire.

Les messages sur les tuyaux, lui apprirent qu’il n’était pas assez tard pour que les gens soient déjà au lit, mais bizarrement, elle ne rencontra personne en allant vers la chambre de Vincent. L’entrée était sombre et inhospitalière et elle n’y entra pas. Les appartements de Père étaient tout proches et il se pouvait que Vincent y soit. Sinon, il était également possible que Père sache où le trouver. Mais après s’être rendue ridicule en pleurant et en se sauvant, elle n’avait pas grande envie d’affronter Père. Et surtout pas étant donné ce qu’elle avait à faire par ailleurs.

Elle prit un tunnel en direction de la Salle des Orgues. Si Pascal ne savait pas où était Vincent, c’était qu’il ne voulait pas qu’on le trouve.

  - Il est dans la Chambre des Vents, lui dit Pascal.

Elle comprit à son regard gentil qu’il avait entendu les on-dit qui devaient s’être répandus, mais il n’y fit pas allusion.

  - Dois-je envoyer quelqu’un pour vous montrer le chemin ?

Elle secoua la tête. Elle n’y était pas allée souvent, mais il ne s’était passé qu’une semaine depuis sa dernière visite et le chemin était assez simple.

  - Je trouverai, dit-elle. Merci Pascal.

 

 

Catherine était passée maître dans l’art d’enfermer ses sentiments pour en protéger Nicolas, de sorte qu’elle ne fut pas surprise que Vincent ne sente pas son approche avant qu’elle ne le voie. À ce moment là, en dépit de ses efforts, quelque chose de doux et de douloureusement poignant monta en elle, faisant venir des larmes à ses yeux et Vincent sur ses pieds. Il se tint à mi-chemin sur l’escalier gardant son regard fixé sur elle.

Elle descendit avec précaution et s’arrêta deux marches au-dessus de lui.

  - Je viens te dire que je suis désolée.

Il avait l’air d’être sur ses gardes mais ses mots l’ébranlèrent, pourtant il y avait encore une touche de réserve dans ses yeux quand il répondit.

  - Tu n’as pas besoin de faire des excuses Catherine.

  - Si, il le faut, insista-t-elle. Je t’ai dit des horreurs cette nuit, Vincent. Des choses dont nous savons tous les deux qu’elles sont fausses. Tu n’as pas mérité ça.

Il inclina la tête.

  - Parfait. J’accepte tes excuses.

  - J’ai autre chose à te dire.

Il ne sembla pas surpris et elle se demanda s’il savait déjà. Il lui tendit sa main.

  - Viens t’asseoir.

  - Non, dit-elle en secouant la tête. Je crois que ce sera plus facile si je reste debout.

Il attendit.

  - Tu as raison, Vincent, lui avoua-t-elle. Au sujet de tout. Je le vois maintenant. Je dois retourner là haut.

Il inspira douloureusement.

  - Quand veux-tu partir ?

Une panique se leva en elle et pendant un instant Catherine souhaita pouvoir changer sa décision, rester ici, où elle était en sécurité. Elle répondit rapidement avant de perdre toute assurance.

  - J’ai pensé…. Demain.

Il ferma les yeux un instant et quand il les rouvrit de nouveau, ils étaient pleins d’un chagrin égal au sien.

  - Demain…

 

 

En dépit de sa peur, le fait d’avoir pris une décision lui apporta la paix qu’elle cherchait depuis si longtemps. Étrangement, maintenant qu’elle avait capitulé, c’est Vincent qui semblait bouleversé. Catherine émergea de l’alcôve de Nicolas où elle venait de passer un moment à chanter jusqu’à ce qu’il s’endorme, pour le trouver installé dans le grand fauteuil, les yeux fixés sur ses mains.

  - Qu’est-ce qu’il y a, demanda-t-elle doucement.

Il ne leva pas les yeux.

Convaincue que quelque chose n’allait pas, elle s’agenouilla auprès de lui.

  - Raconte-moi.

Il plia et déplia ses mains. La lueur des bougies fit briller les ongles tranchants

- J’ai pensé, dit-il la voix basse et âpre, que je pourrais te débarrasser de cette épreuve.

Elle comprit instantanément ce qu’il voulait dire et recouvrit ses mains avec les siennes.

  - Non, Vincent, dit-elle et sa conviction résonna dans sa voix.

Il y avait du désespoir dans ses yeux quand il reprit la parole.

  - Je pourrais le faire, Catherine. Il avala sa salive. Je pourrais t’épargner toute cette peur, le risque.

  - Je sais, dit-elle. Je sais que tu le pourrais. Je sais que tu le voudrais. Mais ce n’est pas ce qu’il faut faire.

  - Tu sais combien cet homme est coupable, argumenta Vincent. T’exposer à lui, c’est risquer ta vie. Catherine, si le pire arrivait comment pourrais-je supporter de n’avoir rien fait pour l’éviter ?

Son angoisse était palpable et elle souhaita ardemment trouver les mots pour le réconforter.

  - Tu as fait exactement ce qu’il fallait, Vincent. Tu m’as aidée à trouver la force de faire face. Et à me retrouver quand j’ai failli me perdre.

Elle caressa l’épaisse crinière qui tombait en flots sur ses épaules.

  - Je pourrais le trouver, répéta-t-il, comme s’il n‘avait pas entendu.

Sa voix atone l’affola.

  - Et pour faire quoi, lui demanda-t-elle avec une brutalité calculée. Lui donner la chasse ? Comme un animal ?

Il cilla et elle lui serra les mains. Sa voix s’adoucit.

  - C’est peut-être bien ce qu’il est, Vincent. Mais ce n’est pas ce que tu es. Tu ne l’as jamais été. Si tu t’autorises à faire justice toi-même, tu risques ta santé mentale, ton humanité. Que deviendrons-nous alors ?

  - Tu serais libre, répondit-il doucement. Toi et Nicolas. Libres de vous faire une nouvelle vie et de laisser le passé derrière vous.

Mais sa voix manquait de force

Elle leva les mains de Vincent pour y poser sa joue.

  - Tu es présent dans toutes les vies que j’ai pu imaginer pour moi, dit-elle. Et je sais maintenant que je suis capable de tout dès lors que je t’ai pour pouvoir revenir vers toi.


Chapitre 9

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