UN BON GARDE-MALADE

(Bedside Manner)

De JoAnn BACA

Traduit de l' américain par VERONIQUE

 

Catherine s’agitait dans un tourment de fièvre. Elle avait chaud, elle avait mal partout…et elle avait si soif! Sa peau était écarlate et irritée, surtout là où sa chemise de nuit était collée à elle par la transpiration. Des heures d'un sommeil entrecoupé et fiévreux ne lui avaient apporté aucun repos. Elle essaya de réfléchir, mais elle avait du mal à se concentrer. Elle se sentait fatiguée, quelque peu malade depuis deux jours. Elle se souvenait s’être réveillée en frissonnant et d’avoir appelé au bureau -- est-ce que c’était vendredi matin ? -- Mais pas longtemps après ça. Elle jeta un bref coup d’œil sur le cadran illuminé de son réveil : 4:30 du matin. Donc, je suppose que l’on est vendredi matin…ou peut-être bien samedi matin, réfléchit-elle, inquiète de pas pouvoir en être certaine.

Elle passa sur ses lèvres rêches une langue trop desséchée pour lui apporter un quelconque soulagement. Les draps humides s'enroulaient autour de sa taille et de ses jambes, mais elle était bien trop épuisée pour les remettre en ordre. Ses yeux étaient secs sous des paupières irritées. Doucement, elle se laissa de nouveau sombrer dans un sommeil agité.

***

Vincent s’était rendu compte, depuis vendredi que Catherine n’était pas bien, mais il ne pouvait discerner la nature de sa maladie. Il savait qu’elle ne voulait pas être dérangée lorsqu’elle était malade, et il usa de cet argument pour s’empêcher de lui rendre visite. Cependant, à l’approche de l’aube du samedi matin, son inquiétude l’emporta finalement sur sa prudence et il sut qu’il devait aller jeter un coup d’œil sur elle avant que le lever du jour ne l’en empêche pour les quatorze heures à venir.

Il arriva sur le balcon de Catherine au même moment où les doigts pourpres de l'aurore commençaient à éclairer le ciel. Il était conscient de jouer avec le feu, mais il devait s’assurer de son état. Il regarda à travers les portes-fenêtres qui menaient à sa chambre et la vit allongée dans son lit tout défait, gémissant doucement, entourée de draps entremêlés.

Il frappa une première fois à la fenêtre, mais ne reçut aucune réponse, si bien qu’il renouvela sa tentative frappant cette fois plus fort pour attirer son attention,. Inquiet de ce qu’elle ne semble toujours pas consciente de sa présence, il abandonna les bonnes manières, tourna le bouton de la porte, et entra dans la chambre. Gêné de sa propre audace, il appela Catherine du là où il se tenait. Elle ne réagissait toujours pas, et cela provoqua en lui une si vive inquiétude, qu’il en oublia finalement la gêne qu’il éprouvait de se trouver dans son appartement et se précipita vers elle.

" Catherine ! Catherine, est-ce que tu vas bien ? " Elle ne semblait pas totalement réveillée, mais elle ne dormait pas non plus. A travers leur Lien, il ressentait sa confusion et sa désorientation. " Catherine, s’il te plaît, parle moi ? C’est moi Vincent. "

Catherine tourna sa tête vers le son de sa voix et parla d’une voix rauque, " Vincent ? C’est toi ? Je me sens…mal. J’ai soif. De l’eau ? " Elle ouvrit un peu ses yeux, mais elle pouvait tout juste identifier les formes de sa silhouette, un noir plus sombre qui se détachait sur les ombres de l’aube.

Vincent écarta ses cheveux humides de son visage. " Je vais te chercher de l’eau. Repose-toi à présent. " Il se dirigea à travers le sombre appartement vers la cuisine, trouva un verre, le remplit d’eau, puis entra dans la salle de bain, et mouilla un gant de toilette avant de retourner à son chevet. " Catherine, j’ai de l’eau pour toi. Voudrais-tu que je t’aide à t’asseoir et à boire ? "

Elle secoua la tête et essaya de se lever d’elle-même sur ses coudes, mais elle retomba immédiatement, un effort trop difficile pour elle. Inquiet, il plaça un bras sous ses épaules et la tint gentiment contre lui tandis qu’il levait le verre à ses lèvres, il la laissa boire à petites gorgées jusqu’à ce qu’elle repousse le verre. La reposant sur l'oreiller, il demanda " Depuis combien de temps es-tu malade ainsi ? "

Catherine essaya à nouveau d’ouvrir ses yeux et tenta de répondre, mais les mots étaient mal articulés et indistincts. " J’sais pas … je …dors…certain temps "

Vincent commença par laver son visage à l’aide du gant de toilette mouillé. La fraîcheur lui procurait une merveilleuse sensation sur son front et elle fit un petit sourire en murmurant, " agréable… merci… j’vais bien… vraiment. "

Il secoua la tête d’un air inquiet. " S’il y a bien une chose que tu n’es pas, c’est " bien ". As-tu un thermomètre ? "

Elle hocha la tête faiblement et d’une main molle fit un signe approximatif en direction de la salle de bain. Il suivit son indication sommaire et fouilla dans l’armoire à pharmacie jusqu’à ce qu’il ait trouvé le thermomètre, puis s’assit sur le lit et lui fit ouvrir ses lèvres avec le bout jusqu’à ce qu’il l’ait placé correctement. Pendant que le thermomètre prenait sa température, il pressa de nouveau le gant mouillé sur le visage et le cou de Catherine. Lorsqu’il retira le thermomètre de sa bouche et releva la température, il n’était pas surpris de voir qu’elle avait une violente fièvre de 39.8°C.

 

" Catherine, tu es assez malade. Tu ne devrais pas rester seule. S’il te plait, appelle quelqu’un pour prendre soin de toi pour un moment. "

Elle répondit, dans un marmonnement à peine perceptible, " Peux pas. Personne…. "

Vincent proposa quelques noms. " Edie ? "

" Albany… mariage dans la famille. "

" Jenny ? "

" Mm mm… Bermudes. "

Il commença à désespérer. " Joe ? "

" Sert à rien… pour ça. Ca ira… ne t’inquiète pas…juste besoin… dormir…. "

Vincent, frustré, soupira. Il ne pouvait la laisser seule. Il devait tout simplement rester…en haut…

dans son appartement…

pendant la journée…

jusqu’à ce qu’elle se sente mieux pour prendre soin d’elle-même.

Il espérait seulement qu’ils y survivraient tous les deux.

 

***

 

Après quelques premiers tâtonnements, il réussit à joindre le cabinet du Dr Peter Alcott; comme le docteur était avec un patient, Vincent lui laissa un message, lui demandant d’informer Père qu’il allait prendre soin de Catherine, et qu’il ne rentrerait pas avant qu’elle n’aille mieux. Il décida ensuite d’entreprendre des tâches précises, espérant remplir le temps d’une manière productive et se procurer une distraction contre la panique qui grandissait en lui à l’idée de se trouver dans une position aussi vulnérable.

Il était vulnérable à tant de niveaux, sa tête tourbillonnait.

Il décida que la première chose à faire était le lit. Les draps étaient affreusement emmêlés et complètement moites de sueur. Il n’était visiblement pas sain pour Catherine de rester dans ces draps plus longtemps.

Il souleva prudemment Catherine du lit, et la porta vers un canapé dans le salon, puis la recouvrit d’un édredon pour la tenir au chaud. Elle remua légèrement contre lui, mais ne protesta pas, ni même n’ouvrit les yeux.

Après s’être assuré qu’elle était, pour un moment, en sûreté sur le canapé, il retourna dans la chambre à coucher et retira les draps du matelas. Il trouva des draps propres et un édredon de rechange dans un placard à linge et refit adroitement le lit. Habiter en bas, signifiait que tout le monde devait apporter son aide dans les tâches ménagères, et sa propre expérience faisait de lui un maître de maison capable, bien que peu enthousiaste.

Son manque d’enthousiasme ne provenait pas de la nature de ce travail, mais du fait que c’était le lit de Catherine qu’il était en train de changer. Pendant qu’il travaillait, il luttait contre les fantasmes qui menaçaient de l’accabler en pensant à Catherine dans son lit, à ce qu’il rêvait de lui faire, de faire avec elle ici. Il pinça les lèvres avec acharnement et termina sa tâche, puis retourna dans le salon pour récupérer sa patiente.

En soulevant délicatement la forme endormie, il réalisa que sa chemise de nuit était encore bien plus humide que ne l’avaient été les draps. Il ne pouvait la mettre sous des draps propres et frais, vêtue d’une chemise de nuit moite et froide. Mais il savait aussi, que Catherine était pour le moment dans l’incapacité de se dévêtir et de s’habiller elle-même. Même ses cheveux étaient humides, plaqués à sa tête par la sueurs de la nuit. Ils devraient être séchés avant de la remettre au lit.

Etouffant un grognement, Vincent reposa Catherine sur le canapé, et la réveilla pour lui chuchoter à l’oreille qu’il allait lui faire couler un bain. Elle lui fit un sourire endormi et lui caressa affectueusement la joue, en hochant la tête en guise de réponse, " Parfait ".

Oui, parfait, répéta Vincent silencieusement. Si j'avais voulu inventer la torture idéale pour moi, je n’aurai pas pu mieux faire. Mais, c’était pour Catherine, alors il devait… l’endurer.

Il envisagea les diverses possibilités offertes par la salle de bain. La douche était hors de question. Catherine n'était pas en état de se tenir debout seule pour se laver, et l’idée d’entrer avec elle dans la cabine pour la soutenir, et de se mouiller en même temps, était inenvisageable. Et le seul moyen pour lui d’éviter de tremper ses vêtements serait de …non, ça c'était absolument hors de question!

Il se tourna, avec détermination, vers la baignoire et essaya, avec précaution, tous les jets et les robinets, aboutissant finalement à une température agréable.

Il ajouta une bonne dose de bain moussant pendant que la baignoire se remplissait. Au moins elle sera recouverte par quelque chose lorsque je lui ferai prendre son bain, se dit-il.

Comment allons-nous survivre à ça Catherine ? Que penseras-tu une fois guérie ? Seras-tu aussi embarrassée que je le suis en ce moment  ?

La baignoire se remplissait rapidement, et il ne pouvait tergiverser plus longtemps. Comme sa chemise de nuit était déjà trempée, il décida à la dernière minute que cela ne serait pas plus mal de la lui laisser le temps du bain. Au moins, cela lui épargnerait la rude épreuve d'avoir à contempler sa nudité tant qu'elle serait dans le bain, et d'avoir ensuite à se débattre avec  une  Catherine mouillée, glissante et nue. 

Il souleva Catherine du canapé, ne la relâchant pas avant de lui avoir posé les pieds dans la baignoire. Il glissa doucement le reste de son corps dans l’eau du bain et plia une serviette qu’il plaça sous son cou afin qu’elle puisse reposer sa tête plus confortablement que sur le rebord en carrelage dur et froid.

Catherine soupira profondément lorsque l’eau chaude caressa sa peau fiévreuse. Après s'être assuré de sa sécurité et de son bien-être, Vincent chercha refuge dans la relative sécurité de la chambre à coucher pendant qu’il réfléchissait à la prochaine étape.

Il décida qu’il n’avait pas besoin de la frotter, que l’eau du bain éliminerait la transpiration et la rafraîchirait. Par contre il allait devoir lui laver les cheveux. Cela ne devait pas être si terrible!

Après avoir laissé Catherine se relaxer un moment dans son bain il entra de nouveau dans la salle de bains.

" Catherine je vais te laver les cheveux, est ce que ça te convient ? "

Elle acquiesça faiblement en guise de réponse. Ses yeux étaient encore fermés, mais son visage montra l'ébauche d'un sourire.

Il resta indécis un moment de plus, puis se retira à nouveau dans la chambre à coucher, ôta sa veste et sa tunique, retroussa les manches de sa chemise et s’en retourna affronter son supplice.

Il souleva avec précaution Catherine en position assise, détournant ses yeux de la vue de son corps languissant et trempé, auquel la soie collait telle une deuxième peau, juste à quelques centimètres de lui.

Catherine se leva autant qu’elle le pouvait, et essaya de l’aider en plaçant ses mains sur le rebord de la baignoire pour se tenir assise pendant qu’il versait à maintes reprises de l’eau sur sa tête, à l’aide de ses mains mises en coupe. Puis il versa du shampoing sur ses cheveux et utilisa une main pour faire pénétrer le produit pendant que de l'autre l’autre main il la tenait fermement, ne se fiant pas à la force de ses bras dans l'état ou elle était.

Lorsque le produit moussa, il glissa ses doigts doucement dans ses cheveux du sommet de la tête vers sa nuque, puis dans le sens inverse. En fait, il appréciait ce contact. Le geste en soi n'avait rien d'ouvertement sexuel, mais il y avait un élément d’une sensualité subtile dans le mouvement de sa main sur ses cheveux lisses et brillants, recouverts de mousse qui le faisait frissonner.

Tiens-toi! se réprimanda-t-il. Dieu sait que tu n’es pas ici pour t’amuser. Néanmoins il lui était difficile de nier que cela, au moins, était plus un plaisir qu’une torture.

Entre-temps, Catherine, réveillée une première fois par l’arrivée de Vincent, de nouveau lorsqu’il l'avait déplacée du lit vers le canapé, et encore lorsqu’il l'avait déposée dans la baignoire, était tout à fait satisfaite d’être allongée dans l’eau chaude, à se reposer en flottant. Comme la mousse disparaissait et que l’eau se refroidissait un peu, elle soupira, déçue. Mais dès que Vincent commença à laver ses cheveux, même malade comme elle l’était, elle aurait pu pleurer de pure délectation.

Elle allait encore rarement chez le coiffeur, sa vie trépidante ne lui autorisait pas de telles gâteries. Lorsqu’elle s’y rendait, c’était seulement pour une rapide coupe d’entretien, et non pour faire un shampoing, coupe et brushing tranquille. Elle avait toujours aimé que quelqu’un lui lave les cheveux, mais cela fait au moins deux ans qu’elle n'avait pas pu s'offrir ce plaisir. Et maintenant, que ce soit Vincent qui le fasse, et d’une manière si douce et gentille... C’était presque plus qu'elle ne pouvait supporter. Si au moins elle s'était sentie assez bien… bon il ne servait à rien de méditer sur des " et si ". Si elle s’était sentie bien, il ne serait pas ici en train de lui laver les cheveux. Elle poussa un profond soupir et appuya la tête en arrière contre la main de Vincent, l'engageant à continuer.

Il avait été tellement absorbé par ses actions, qu’il n’avait pas réalisé l’effet que cela pouvait avoir sur Catherine. Se sentant coupable, il cessa son massage et fit glisser Catherine lentement afin de lui rincer les cheveux dans l’eau.

Changeant sa prise pour replacer son bras derrière ses épaules, il fut confronté une fois de plus au corsage très décolleté de la chemise de nuit de Catherine qui collait à sa poitrine et ses côtes. Avec sa gorge totalement exposée et son corps cambré en arrière, elle lui offrait une vue douloureusement attirante. Sa gorge se serra et il détourna le regard, se félicitant avec une sombre satisfaction de lui avoir laissé sa chemise de nuit.

Doucement, il prit de l’eau dans ses mains et la versa sur son front pour rincer les dernières traces de shampooing. Il fit gicler de l’eau sur la partie supérieure de son torse pour chasser le reste des bulles de savon, puis la mit à genoux pour continuer à la rincer, mis de plus en plus mal à l’aise à par la façon suggestive dont la soie humide collait à sa peau.

Serrant les dents, il se plia à la tâche avec détermination, pressé d'en finir avant que le supplice de la tenir aussi intimement et de la contempler de si près ne puisse lui causer plus de souffrance. Il la mit sur ses pieds, lui posant les mains sur ses épaules, pendant qu'il rinçait le bas de ses jambes. Puis il l’aida à sortir de la baignoire et la plaça sur un épais tapis de bain en coton, qui très vite s’imbiba d’eau. Il verrait ça plus tard.

Si Catherine avait eu déjà du mal à se tenir sur ses jambes avant le bain, c'était encore pire maintenant. Elle ne pouvait absolument plus se tenir debout seule, tant ses muscles semblaient détendus après le bain relaxant et les soins de Vincent. Elle se sentait tel un petit enfant, et ne voulait rien de plus que d’être enveloppée dans un peignoir moelleux et recouverte de draps frais.

Vincent réalisa que Catherine était presque au bout de ses forces et qu’elle ne pouvait être laissée seule pour ôter sa chemise de nuit et se sécher. C’est alors, qu’il regretta presque de s'être lancé dans cette aventure. Il savait que c’était la bonne chose à faire, mais il était déjà horriblement embarrassé, et son imagination refusait d'envisager les quelques minutes qui allaient suivre. Mais qu’allait-il donc faire ?

Il plaça une serviette sur le couvercle des toilettes " Catherine nous devons retirer ta chemise de nuit. Penses-tu pouvoir tenir debout pendant que je la retire ? Mes yeux seront fermés, et je ne pourrai pas voir si tu commences à tomber, alors s’il te plaît tiens-toi et adosse-toi au mur si nécessaire. "

Elle hocha mollement la tête et appuya ses deux bras au mur. Elle essaya de se ressaisir mais l’effort qu'elle devait fournir pour se tenir droite la fit trembler de tout son corps.

Après avoir mis à portée de main plusieurs grandes serviettes, il souleva doucement sa chemise de nuit par les bords. Arrivé aux cuisses, il ferma les yeux, retint sa respiration et tira vers le haut.

Catherine lâcha le mur un moment afin que Vincent puisse lui passer la chemise de nuit trempée par-dessus la tête. Il la laissa tomber par terre, et les yeux toujours bien fermés, chercha à tâtons le drap de bain. Le déployant, il en entoura les épaules de Catherine . Elle le serra autour d’elle avec ses mains, et il jeta un bref coup d’œil à travers ses cils pour s’assurer qu’elle était modestement couverte avant d’ouvrir ses yeux complètement. Assuré qu’elle l’était, il la fit asseoir sur la serviette qu’il avait placée sur le couvercle des toilettes, et elle s’y effondra avec reconnaissance.

Vincent prit alors une autre serviette pour les cheveux de Catherine. Il ne savait absolument pas quoi en faire, si bien que Catherine l’enroula autour de sa tête pour lui, puis ses bras tombèrent sans force le long de son corps.

Prenant une autre serviette, il commença à sécher ses pieds et ses jambes. A ce train là, pensa-t-il, j'aurai vite utilisé toutes les serviettes de son appartement. ! Je ferais mieux d’ajouter la lessive sur ma liste de projets pour la journée. Il pressa la serviette par petites touches sur sa peau rosie par le bain, absorbant l’humidité plutôt que de frotter.

De se tenir si près d'elle, à respirer son doux et frais parfum produisit chez Vincent un moment de panique. Il avait tellement envie de la toucher, mais pas de cette façon soigneuse et impersonnelle. Il lutta contre une soudaine impulsion sauvage de passer sa langue sur les perles d’eau de sa peau douce et si tentante, d’étancher enfin cette soif d’elle qui le tenait depuis si longtemps. Avec obstination, il passa à ses bras et à son dos, continuant à l'éponger doucement pendant qu’il luttait pour ramener à la raison des désirs qu'il contrôlait habituellement avec une rigueur sans faille. Finalement, il termina de la sécher. Il laissa échapper un profond soupir de soulagement, accompagné, sans qu'il puisse s'en défendre, d'un léger regret que ce soit déjà fini…

Retirant la serviette enroulée autour de la tête de Catherine, il l’utilisa pour éponger l’excès d’eau de ses cheveux. Il avait aperçu, auparavant, un peigne sur le lavabo, et il le prit pour le passer avec précaution dans ses cheveux humides et luisants, tirant délicatement sur les nœuds qu’il rencontrait jusqu’à ce qu’ils soient défaits. En peu de temps les cheveux furent lisses et bien coiffés, mais il était préoccupé à l’idée de la remettre au lit les cheveux mouillés.

Catherine suggéra elle-même le sèche cheveux. Il n’avait jamais utilisé un tel engin, mais elle lui montra comment le brancher et le faire fonctionner. Il passa délicatement ses doigts dans ses cheveux, les soulevant vers le souffle chaud de cet étrange instrument ronronnant, et peu de temps après,  la masse de cheveux brun doré se trouva bien sèche quoiqu'un peu en désordre. Vincent retint son souffle devant sa beauté naturelle. Même malade, démaquillée, et ses cheveux séchés d’une manière non professionnelle, elle était d’une beauté incomparable.

Au prix d'un gros effort, il réussit à s'arracher à sa contemplation. Il la laissa seule un instant, se dirigea vers la commode de sa chambre à coucher et ouvrit les tiroirs jusqu’à ce qu’il ait trouvé une pile de chemises de nuit propres, saisissant la première de la pile.

Les choses qu’il avait du voir avant de trouver les chemises de nuit le firent rougir jusqu'à la racine des cheveux, alors même que Catherine ne se trouvait dans la pièce. Il ne savait pas s'il parviendrait jamais à surmonter la gêne de tout ce qu'il avait du faire ce matin. Il eut toutes les peines du monde à retourner dans la salle de bain, la chemise de nuit à la main pour la lui donner.

Elle sourit à la vue de celle qu’il avait choisie. Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait pris une chemise de nuit bleue très décolletée, munie d’audacieuses lanières en travers du dos --, légère, élégante et ravissante, pas vraiment ce qu'il fallait à une malade. Il rougit et se prépara à la remettre à sa place.

" Je suis désolé, Catherine. Si tu me dis où se trouvent tes chemises de nuit plus…chaudes, j’en chercherai une pour toi. "

Souriant toujours aussi gentiment, elle secoua la tête et tira jusqu’à ce qu’il lâche la chemise de nuit, puis se leva toute tremblante pour l’enfiler.

" Vincent, aide-moi ? " Elle lui tendit une main. Lorsqu’il la prit, elle s’appuya de tout son poids, il tourna sa tête et ferma les yeux.

Il entendit la serviette dans laquelle il l’avait enveloppée toucher le sol entre eux avec un bruit doux et sourd. Pendant un bref instant, il sentit seulement le changement de pression de sa main lorsqu’elle s’habillait. Très surpris d’entendre un juron étouffé, il réalisa qu’elle avait beaucoup de mal à enfiler sa chemise de nuit d’une main et apparemment avec peu de succès.

Il entendit d’une voix plaintive " Vincent, s’il te plait ? "  et il se tourna vers elle. Elle se tenait glorieusement nue, une vision dévastatrice pour ses nerfs fragiles. Il ferma ses yeux un instant dans un tourment de désir effréné. Lorsqu’il les rouvrit de nouveau, il fixa son regard sur le visage de Catherine et vit dans ses yeux un appel de détresse silencieux, bien qu’il sentit aussi à travers leur Lien une étrange mélancolie et un désir ardent à peine refoulé pour… autre chose.

Fixant obstinément son regard sur l’oreille gauche de Catherine, il ramassa la chemise de nuit et la lui passa par-dessus la tête. Tandis qu’elle levait ses bras, elle tremblait et vacillait contre lui. Il s’efforça de la tenir droite et descendit la chemise de nuit, la recouvrant au même moment.

Ce serait peut-être comique avec un autre homme, pensa-t-elle avec regret, mais je connais Vincent, et c’est en train de le tuer. Sache, bien-aimé, que si je pouvais t'éviter cela, je le ferais. Et, si je n’étais pas si malade…

Elle était enfin couverte. Avec un soulagement visible, Vincent la prit à nouveau dans ses bras. En quelques enjambées, ils se trouvèrent dans la chambre.

Lorsqu’elle aperçut le lit récemment fait, Catherine fût très touchée par cette attention. Elle ne s’était pas rendue compte qu’il s'était ainsi occupé de tout.

Il se pencha pour la déposer doucement entre les draps en coton apprêtés, bordant ses jambes et tirant le drap du dessus jusqu’à son menton. Mais comme s’apprêtait à remonter l’édredon par-dessus, elle l’arrêta d’une main.

" Trop chaud "

Il acquiesça et replia l’édredon au niveau de sa taille.

Catherine se sentait exceptionnellement dorlotée, enveloppée dans un cocon de bien-être. Elle se sentait rafraîchie, apaisée et si bien dans sa chemise de nuit sèche. Elle pensa que jamais elle ne s’était sentie aussi heureuse d’être allongée dans son lit. Presque aussitôt, à la fois soulagée et exténuée par le bain, elle s’endormit.

Vincent s’agenouilla la regardant quelques instants, puis, non sans hésitation, tendit le bras pour glisser les cheveux derrière son oreille avec sa main. Comme elle ne bougeait pas, il s’accorda un moment de plus, caressant tendrement ses cheveux. Puis il plaça un doux baiser sur sa joue, soupira, et se leva. La salle de bain avait besoin d’être nettoyée, les draps et les serviettes d’être lavés et ensuite il devait songer à leur procurer quelque chose de chaud et de nourrissant.

 

***

La salle de bain et la lessive lui prirent presque deux heures, mais en milieu de matinée Vincent avait la situation bien en main. Ensuite, il dirigea ses pensées vers la nourriture.

La cuisine n'offrait que peu de choix, Catherine n’étant pas femme à se délasser en cuisinant des plats gastronomiques, ou quoi que ce soit d’autre. Apparemment le réfrigérateur contenait seulement des œufs, du lait, du jus de fruits, quelques légumes, et des pots de yaourt. Jetant un œil dans le congélateur, Vincent remarqua deux plats surgelés et une boîte qui semblait contenir de la sauce spaghetti congelée. Il fouilla dans les placards à la recherche d'un paquet de spaghetti et trouva des " penne " ainsi que quelques boîtes de soupe et des crackers. Il choisit de faire réchauffer une boîte de soupe pour son propre déjeuner, et d’en mettre une de côté pour Catherine. Il réfléchit un moment à ce qu’il pouvait faire avec ce qu’il avait trouvé et détermina qu’il disposait d’assez de nourriture pour plusieurs repas si nécessaire. Il n’aurait nul besoin de retourner En-bas pour des provisions.

Après avoir déjeuné, Vincent se fit une tasse de camomille et s’assit dans le salon pour attendre patiemment que Catherine finisse sa sieste, choisissant d’abord quelques livres intéressants dans la bibliothèque. Il s'aperçut qu’il avait laissé sa veste et sa tunique dans la chambre à coucher, mais il ne voulait pas la déranger en retournant les chercher. Il faisait assez chaud dans l’appartement ; il n’avait vraiment pas besoin de plus de couches de vêtements.

Avant d'accorder son attention aux livres, il laissa ses pensées se diriger vers Catherine. Il s’était tenu occupé depuis son arrivée, mais à présent qu’il avait le temps, il voulait réfléchir et méditer sur les nouvelles sensations qu’il avait éprouvées durant le temps passé En-haut.

Catherine était, il le savait, heureuse de l’avoir auprès d’elle. Elle avait besoin de son aide maintenant, bien sûr, mais derrière tout cela, il sentit une profonde sensation de satisfaction venant de sa part, tout simplement due à sa présence. C’était une sensation, en dépit de toutes ses frustrations, qui trouvait un écho à l’intérieur de son âme.

Il devait aussi admettre que, malgré l’embarrassant épisode du bain, il se sentait maintenant plutôt à l’aise dans son appartement. L’immeuble était calme et il ne ressentait plus tellement la crainte d’être En-haut, à la lumière du jour. Personne ne pouvait entrer dans l’appartement, après tout, sans l’en avoir grandement prévenu. Etre dehors aurait été tout autre chose, mais ici à l’intérieur de l’appartement douillet de Catherine, il se sentait assez en sécurité, et il appréciait l’atmosphère silencieuse, paisible, si différente de son monde à lui pendant la journée.

Les corvées ne le dérangeaient aucunement. Il était heureux de pouvoir se rendre utile, si peu que ce soit, que ce soit à sa bien-aimée. Elle donnait tant à tous ceux du monde d’En-bas, et il pouvait lui rendre si peu en retour. Ceci était une des choses qu’il pouvait faire, et il le faisait avec plaisir.

Etre avec Catherine -seul- était pourtant tout autre chose. Il était profondément conscient des réactions de son corps envers elle et il craignait qu’elle ne s’en aperçoive et qu’elle n'éprouve de la répulsion devant ces émotions intempestives Ce dont elle avait besoin maintenant, c'était de chaleur humaine, pas d'être assiégée par ses hormones déchaînées. Cependant tout ce qu’il voulait était de la tenir serrée contre lui…. embrasser ces incroyables lèvres charnues et tracer une ligne de baisers sensuels le long de son cou, caresser sa peau et la caresser… partout…la transporter vers l’extase par des caresses plus intenses…

Brusquement, Vincent se redressa et se secoua. C’est exactement ce dont je n’ai pas besoin maintenant, et Catherine non plus. Exhalant un énorme soupir, il ouvrit un livre et commença à lire.

***

Vers 15h00, il décida de jeter un œil sur Catherine. Elle était réveillée, mais se reposait. Lorsqu’elle entendit les portes de sa chambre s’entrouvrir, elle ouvrit les yeux et lui fit un faible sourire, parvenant à prononcer un joyeux, bien que las " Salut ! "

Vincent s’avança dans la pièce, un sourire timide aux lèvres " Comment est-ce que tu te sens ? "

Installée si confortablement -propre comme un sou neuf et glissée entre des draps frais- elle s’était bien reposée, et en fait se sentait beaucoup mieux.

" Mieux." Puis elle ajouta timidement, " j’ai faim. "

Il acquiesça, debout près du lit. " Tout est prêt. Je t’apporte tout de suite quelque chose à manger. " 

Elle lui tendit une main, et lorsqu’il s’avança et la prit, elle le fit s’asseoir sur le lit. Il ne pouvait refuser, mais il était assis avec précaution, visiblement sur ses gardes. Cependant, Catherine refusait de lâcher sa main, certaine qu’il se précipiterait hors de sa chambre s’il en avait l’opportunité.

" Merci, Vincent. Cela faisait longtemps que l’on n'avait pas pris aussi bien soin de moi … je ne me rappelle pas à quand cela remonte ! Tu penses à tout "

Son sourire plein de reconnaissance lui réchauffa le cœur. Il souhaitait pouvoir lui dire que tout ce qu’il attendait de la vie était de pouvoir prendre soin d’elle, la garder contre lui, être celui qu'elle avait besoin qu’il soit. Mais il n’était pas vraiment sûr qu’il devrait être assis ici, à tenir sa main, considérant l’effet que cela avait sur lui.

Elle parut deviner ce qu’il pensait, et lui serra gentiment la main, faisant couler son sang plus rapidement dans ses veines.

Brisant délibérément la tension, il utilisa sa main libre pour lui toucher le front. Sa fièvre avait baissé à présent, et elle semblait avoir repris des forces. " Continue à te reposer, Catherine. Tu es quand même assez malade. "

Elle répondit, un léger sourire aux lèvres. " Avec toi ici, je peux bien me reposer. " Elle appuya légèrement ses lèvres sur le dos de la main qui semblait ne lui être abandonnée qu'à contrecœur.

Troublé, Vincent se leva, brisant ce tendre contact " Je dois m’occuper de ton repas "Ceci dit, il se retourna et sortit délibérément à grandes enjambées de la chambre.

C’est à peine s’il ne s'est pas enfui de la chambre en courant, remarqua tristement Catherine d’un air triste. Etre ici avec moi le perturbe profondément. Je suis sûre que c'est du en partie au fait de se trouver en haut pendant la journée, mais c'est surtout qu’il se sent si mal à l’aise dans mon appartement… dans ma chambre … avec moi. Son état d’esprit, qui s’était amélioré lorsque Vincent avait pénétré dans la chambre, plongea de nouveau à cet instant. Pourquoi devait-il en être ainsi entre eux ? Pourquoi tant de choses devaient-elles rester inexprimées ? J’ai fait de mon mieux pour jouer le jeu selon ses règles, mais j’en ai assez d’ignorer ce qui crève les yeux. Elle donna un petit coup de poing dans l'oreiller en signe de frustration et une petite larme s’écoula silencieusement du coin de son œil. Secoue-toi, Chandler! s’avertit t’elle. Si jamais il se rend compte que sa présence te rend triste, il s’en ira à coup sûr, jour ou pas jour!

***

Pendant qu'il finissait de préparer le repas de Catherine, rassemblait les couverts, et versait le thé, Vincent repensa à la façon précipitée dont il avait quitté son chevet. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi est-ce que je fuis constamment la personne dont je désire la tendresse plus que tout ? Quel mal y avait-il à ce qu’elle me tienne la main ? Ou même ce petit baiser ? Il décida de se détendre et s'autoriser à apprécier ces précieux moments, seul avec sa bien-aimée. Elle est malade. Que pourrait-il bien arriver ? Ne sois pas si stupide !

Quelques minutes plus tard, il retourna dans la chambre à coucher un plateau à la main et le posa au pied du lit. Sous son bras, il tenait des coussins du canapé de son salon et les plaça derrière sa tête, la soulevant afin qu’elle puisse manger plus confortablement.

Se relever d'un seul coup lui fit tourner un peu la tête, et sa main tremblait quand elle la tendit vers le plateau. S'en rendant compte, Vincent plaça le plateau devant elle et lui annonça qu’il allait la faire manger. Elle sourit " Comme avant ? "

Il lui rendit son sourire, hochant la tête lorsque les souvenirs lui revinrent. Elle n’avait pas réalisé combien elle avait faim jusqu’à ce qu’elle sente la soupe qu’il portait à ses lèvres. Après la première cuillerée, elle ne put s’empêcher de remarquer, souriant de nouveau " c’est bon la soupe. "

Cette allusion provoqua en lui une réponse totalement inattendue. Vincent reposa la cuiller et baissa la tête pendant un moment. Lorsqu’il releva la tête, ses yeux brillaient de larmes. " Oh Catherine! Lorsque je repense à cette époque, je ne peux m’empêcher de penser que j’aurais presque pu te perdre… après avoir attendu toute ma vie pour te trouver ? De te voir malade maintenant… cela me brise le cœur de savoir que tu n'es pas bien."

Elle était stupéfaite. Elle tendit une main petite et délicate pour caresser une de ses mains larges, et rendue rugueuse par le travail.

" Allons, Vincent, ce n'est qu'un mauvais rhume, et je me sens déjà beaucoup mieux. S’il te plait, ne t’inquiète pas. S’il te plaît ? S’il te plaît ?" En prononçant ces deux derniers mots, elle pencha la tête sur le côté et sourit, le suppliant du regard. Il ne pouvait lui résister lorsqu’elle lui parlait de cette façon, et il acquiesça, sa tristesse envolée.

***

Catherine avait finit sa soupe, ses crackers et son thé, et Vincent retira le plateau et se pencha pour prendre les coussins derrière son dos. Avec leur visages si proche, elle avait envie de lever la main et de caresser cette joue duveteuse. Il est si irrésistible. Ce n’est pas juste. Elle étouffa un grognement. A voix haute, elle lui dit : " Non, s’il te plaît Vincent. Je n'ai pas envie de me rendormir tout de suite. Tu me fais la lecture?"

Il était heureux de lui rendre ce service, et même, à sa grande surprise, accepta sa demande, faite en plaisantant à moitié, de s’asseoir sur le lit afin qu’elle puisse s’appuyer contre son épaule pendant qu’il lisait. S'installant sur le lit, il se souvint qu’il n’avait toujours pas remis sa veste et sa tunique. Il était trop tard. Il aurait l’air ridicule s’il arrêtait maintenant pour le faire. Il décida de ne pas s’en préoccuper. Il décida de ne plus se soucier de rien pour le moment. Mettant de coté ses craintes il attira d'un bras contre sa poitrine  une  Catherine qui ne demandait pas mieux, et ouvrit un volume des œuvres complètes de Shakespeare.

***

Catherine n’était pas vraiment sûre de ce que Vincent lui lisait. Elle s’abandonna entièrement à la presque désinvolte intimité du moment, au plaisir intense d’être dans les bras de l’homme qu’elle aimait. Ses avant-bras dénudés lui procuraient une sensation merveilleuse contre la peau sensible de son dos. Elle glissa un bras autour de sa taille afin de se blottir tout contre lui. Exquis, pensa-t-elle. Elle inspira son odeur -- la légère senteur de la poudre à laver qu’il utilisait sur sa chemise, le parfum du shampoing qu’il utilisait pour ses cheveux, et son unique odeur musquée. Divin ! Encore mieux, quelques poils dorés dépassaient du haut de sa chemise pour lui chatouiller le visage. Elle eut toutes les peines du monde à s’empêcher de tendre le bras pour déboutonner sa chemise et laisser sa main dériver le long de sa large poitrine… de fourrer son nez contre son cou et de parcourir avec sa langue le chemin jusqu’à ses  mamelons  …de se frayer son chemin à travers l'épaisse fourrure qu’elle pouvait sentir à travers le tissu de sa chemise, jusqu'aux boutons de son jean…

Vincent prit conscience du cours des émotions de Catherine et réalisa qu’elle n’était pas aussi absorbée par Henri V que lui. Il cessa de lire, et tous les deux restèrent assis ensemble un certain temps, l’un contre l’autre, perdu chacun dans ses pensées.

***

Vincent fut le premier à se retirer. Il se libéra de Catherine avec douceur, et la poussa à s’allonger de nouveau et à se reposer. Elle commença à protester, mais un bâillement la réduisit efficacement au silence. Au lieu de cela, elle sourit, s’allongea et se pelotonna tout contre lui. Il resta auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle s'endorme, passant la main dans ses cheveux ses cheveux en une caresse régulière qui l’apaisa presque aussitôt.

Une fois certain qu’elle dormait paisiblement, il quitta le lit et termina ses tâches ménagères.

Le temps qu’il ait fini, le soleil s’était couché, il sortit alors sur le balcon, où il s’accouda à la balustrade, humant l’air de cette fin de septembre.

Catherine se sentait beaucoup mieux. Il n’avait plus vraiment besoin de rester plus longtemps. Elle pouvait certainement prendre soin d’elle-même maintenant. Toutefois…il ferait peut-être mieux de rester encore cette nuit, juste pour être sûr. Il pourrait partir avant l’aube, et elle avait dit qu’elle se reposerait mieux en le sachant proche.

Il était surpris de constater que toute son angoisse initiale l'avait fui. Le pire était derrière lui, et à présent il pouvait se réjouir à l’idée de passer du temps avec une Catherine seulement légèrement malade,  une Catherine heureuse et en fait, très désireuse de partager un moment de tranquillité avec lui.

Leur proximité, leur paisible intimité, avait laissé une profonde impression en lui. Elle lui avait offert un aperçu d’un aspect de la vie qu’il n’avait jamais rencontré auparavant – la profonde satisfaction, la douce joie, d’un jour ordinaire passé en compagnie de sa bien-aimée. Pour une fois il ne s'agissait pas de quelques moments brefs et intenses partagés dans l'urgence d'une menace ou d'une crise quelconque, pour une fois aucun de leurs nombreux amis bien intentionnés ne se trouvait là pour se mettre entre eux - s’il fermait les yeux, il pouvait presque imaginer à quoi ressemblerait toute une vie avec Catherine.

Le sourire aux lèvres, il se mit à penser au genre de choses banales qu’une telle vie impliquerait. Il pourrait faire réchauffer de la sauce et cuire des pâtes pour un dîner nocturne, si Catherine se sentait capable d’avaler de la nourriture solide dans quelques heures. Tranquille, il retourna dans la cuisine s’occuper des préparatifs.

***

Il avait préparé le dîner autant qu’il le pouvait, et était assis sur le sol de la salle de séjour avec la collection de CD de Catherine, bottes retirées et assis en tailleur, cherchant quelque chose de doux et de paisible pour l’aider à se reposer. Une légère sensation à l’intérieur du Lien, le fit sortir de sa recherche minutieuse -- Catherine commençait à se réveiller, et elle rêvait… de lui.

Il rabattit les portes de sa chambre à coucher, et, déchaussé, traversa la chambre à pas feutrés pour venir s'agenouiller à son chevet. Elle était sur le côté, lui faisant face, les mains fourrées sous sa joue, une expression angélique sur son visage. Touché, comme toujours, par son extraordinaire beauté, il se sentit contraint de la toucher. Il se vit tendre le bras vers elle afin de lui caresser les cheveux à nouveau, incapable de résister à l’impulsion.

Ainsi Catherine se réveilla de la même façon qu’elle s’était endormie, avec les caresses de Vincent sur elle. Dans ses rêves, il avait été à ses côtés, passant les doigts dans ses cheveux, si bien que lorsqu’elle se réveilla, elle fut momentanément déconcertée. Posant sur lui un regard endormi, elle demanda d’une petite voix " Est-ce que je suis encore en train de rêver ? "

Il lui répondit par un de ses précieux demi-sourires et murmura, " Oui. "

Elle referma les yeux, se tortillant joyeusement sous sa main et soupira.

Fasciné par sa réaction, Vincent avança une question qu’il n’aurait en temps normal jamais envisagé de poser. " Que se passerait-il, Catherine, si tu étais en train de rêver ? "

Les yeux toujours fermés, elle répondit à voix basse " Je t’ouvrirais mes bras et tu viendrais t’allonger près de moi pour me serrer tout contre ton cœur. " Après lui avoir parlé du souhait de ses rêves, elle ouvrit les yeux et les plongea profondément dans le bleu intense de son regard.

Elle changea légèrement de position dans le lit, ouvrant tout grand les bras en une prière silencieuse, et Vincent sentit à travers leur Lien qu'elle l'implorait de le rejoindre. 

Il hésita seulement un court instant avant de venir à elle, et s'installa avec douceur à son côté. Elle se blottit contre lui, gémissant presque de plaisir. Il se détendit dans ses bras et ne fut pas vraiment surpris de s'entendre retourner sa question.

" Que se passerait-il, Vincent, si tu étais en train de rêver ? " 

Il pensa que son cœur allait éclater alors qu’il répondit avec une douce ferveur. " Je prendrais ton joli visage entre mes mains et placerais un baiser sur tes lèvres, un baiser de gratitude, et de bénédiction pour tout ce que tu m’as offert. "

Catherine le regarda avec une surprise pleine d'espoir, et Vincent sut qu’à ce moment il ne pouvait plus la décevoir. Il avança comme en transe, ses mains se levèrent pour tenir délicatement ses joues tandis que ses lèvres descendaient vers celles de Catherine.

Alors qu’il l’embrassait, lentement avec vénération, Catherine l'attira encore plus près d’elle afin d’empêcher toute fuite - une fuite qu’il n’envisageait plus à présent. Elle intensifia le baiser au moment où des étincelles de plaisir les secouèrent violemment à travers leur Lien.

Lorsque finalement leurs lèvres se séparèrent, elle commença à frotter son nez dans son cou, glissant sa langue le long de la tendre peau à la base de sa gorge, pressant des baisers doux et humides contre le dessous de son menton duveteux, profitant de l’exquise liberté qu’il lui avait accordée pour lui montrer tout ce que son amour signifiait pour elle.

Vincent gémissait de bonheur suprême sous les caresses de Catherine, mais il avait un désir plus urgent, il captura son menton et la ramena vers lui afin de reprendre l’exploration de sa bouche, si douce et excitante, délicieuse et appétissante.

Catherine brûlait de passion, sa fièvre oubliée, remplacée par une chaleur qui ne pouvait plus s’éteindre maintenant qu’elle avait reçu la permission de s’enflammer. L’avant-goût qu’elle avait eu de lui l’avait instantanément transformé en une créature à l’appétit vorace -- Elle était obsédée par le besoin de goûter toujours plus de lui, de continuer à le goûter jusqu’à ce qu’elle puisse assouvir son désir dans une ardente apogée.

Vincent eut le souffle coupé par son attaque sensuelle, emporté par cette énergie soudain déchaînée. Il était stupéfait de découvrir la force de son désir pour lui, ayant toujours cru que le sien était le plus intense, le plus sombre. Il réalisait à présent qu'au besoin profond et irrésistible qu'il avait d'elle, répondait un désir tout aussi ardent de la part de Catherine.

Il l'entendit murmurer quelque chose. On aurait dit les mots d’un poème ou d’une chanson. Mais il ne pouvait la comprendre, tant sa voix était haletante. Il demanda, lui-même essoufflé, " Catherine, qu’est-ce qu’il y a ? "

En guise de réponse lui parvint, moitié chanté, moitié récité, le refrain d’une vieille chanson de Bobby Darin " Je veux un amant pour rêver, ainsi je n’aurai plus à rêver seule. " Elle le regarda avec désir et murmura à son oreille " Vincent… faisons maintenant ce rêve à deux "

Il était perdu. Il avait émergé sur le balcon de Catherine ce matin, et non sans une énorme appréhension, avait franchi cette barrière invisible qu'était le seuil de son appartement. Depuis ce moment là, il lui avait fait prendre son bain, l’avait habillée, nourrie, lui avait fait la lecture, l’avait regardée dormir et avait laissé libre cours à ses fantasmes. Au cours de cette journée, il était passé d’un inconfort aigu à cette étreinte passionnée. Il était surpris que la trajectoire eut été si abrupte et courte. A présent Catherine lui donnait une chance de vivre son rêve le plus cher.

Catherine… sa Catherine…Sa réalité plus merveilleuse que n’importe quel rêve, aussi merveilleux qu’il puisse l’être. La promesse et l’espoir se tenaient à cet instant devant lui. Une phrase du passé lui revint en mémoire " Soit on se tourne vers l'amour, soit on s'en éloigne "

Sans crainte, sans regarder en arrière, Vincent choisit de "se tourner vers l'amour"… vers sa Catherine… et l’enveloppa dans une intense étreinte. " Je n’ai pas besoin de rêves, ma bien-aimée, à présent que tu te trouves dans mes bras. "

***

Vincent ne retourna pas dans le monde d’En-bas avant plusieurs jours. Père était mort d'inquiétude, mais Peter lui rappela que Vincent avait dit qu’il resterait jusqu’à ce que Catherine se porte mieux. Lorsque Vincent s’en alla, Catherine se sentait effectivement beaucoup mieux.

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