IL Y A LONGTEMPS QUE JE T'AIME...

(HOW COULD I FORGET THEE?)

De LEA

Traduit de l'américain par Annik

Chapitre 11

 Après le départ de Pascal ils restèrent seuls, leurs mains toujours jointes sur le ventre calmé de Catherine. Vincent finit par retirer la sienne.

— Veux-tu boire ou manger autre chose, Catherine ?

— Non, merci. Je me suis bien reposée et j’ai envie de me dégourdir un peu les jambes. Tu m’emmènerais voir les tapisseries, Vincent ?

Il acquiesça et se leva avec grâce pour l’aider. Tout le monde était en train de regarder Sebastian et il n’y avait personne près des escaliers. Ensemble, ils admirèrent une fois de plus la beauté des mystérieuses tapisseries qui semblaient prendre vie sous la lumière mouvante des bougies. On aurait vraiment dit des fenêtres donnant sur un autre monde et Catherine sentit soudain un frisson lui parcourir le dos, comme un courant d’air froid. La surprise dans les yeux de Vincent la fit se retourner et ils se retrouvèrent face à Narcissa qui semblait avoir surgi de nulle part.

— Narcissa ! Je suis heureux que tu aies décidé de te joindre à nous.

La vieille femme secoua la tête.

— Je ne suis pas venue pour la fête, mon garçon. Les esprits m’ont parlé et j’avais besoin de te voir. Toi, et celle-ci, la courageuse, ajouta-t-elle en se tournant vers Catherine.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? s’alarma immédiatement Vincent.

Le rire caquetant de Narcissa lui répondit.

— Mon garçon, crois-tu que les esprits n'ont que de mauvaises nouvelles à annoncer ?

S’approchant de Catherine, elle posa les deux mains sur son abdomen. Vincent sentit l’enfant s’éveiller instantanément et Catherine sursauta, surprise par la force des mouvements du bébé. Narcissa gloussa de nouveau.

— Oh, il est fort, celui-ci, l’enfant précieux !

Ses yeux voilés se révulsèrent et elle parut entrer dans une sorte de transe, tenant toujours fermement le ventre de Catherine. Bientôt les mouvements du bébé se calmèrent et il se rendormit. Vincent commençait à se sentir mal à l’aise.

— S’il te plaît, Narcissa, tu fais peur à Catherine !

— Elle n’a aucune crainte. Et toi non plus, tu ne devrais pas craindre, Vincent, rétorqua Narcissa. Le fils est comme son père, annonça-t-elle à Catherine avant de se tourner vers Vincent. Le chemin est le bon. Il faut le suivre avec courage et avec prudence. Je vais demander aux esprits de protéger votre route.

Vincent ouvrit la bouche pour demander quelque chose, mais elle l’arrêta d’un geste impérieux.

— Les réponses que tu cherches, tu les trouveras au bout du chemin, mon garçon. Tu regarderas dans tes propres yeux et ce qui était perdu sera retrouvé !

Un bruit soudain derrière eux fit se retourner Catherine et Vincent, et quand ils regardèrent de nouveau vers Narcissa, elle avait disparu, laissant derrière elle ce même froid étrange qui avait accompagné son arrivée.

— Comment est-ce qu’elle a fait ça ? demanda Catherine en secouant la tête, incrédule. Elle souleva la tapisserie, s’attendant à trouver les traces d’un passage secret, mais ce n’était que du rocher.

— Narcissa a ses secrets, répondit Vincent. Père refuse de le croire, son esprit scientifique est incapable d’admettre que certaines choses n’ont pas d’explication logique, mais j’ai vu de mes propres yeux des choses… Je ne partage pas l’opinion de Père, contrairement à ce que semblait dire Narcissa.

Catherine se contenta d’acquiescer en souriant, mais elle se sentait sur le point d’éclater de joie. Elle savait que les paroles de Narcissa concernaient un autre père, et un autre fils. Son enfant était un garçon et il ressemblerait à Vincent, voilà ce que la vieille femme lui avait dit, et Catherine ne doutait pas une seule seconde que c’était la vérité. Comme si, au fond de son cœur, elle l’avait toujours su.

— Les façons de Narcissa peuvent parfois être… déconcertantes, continua Vincent. J’espère qu’elle ne t’a pas fait peur ;

— Oh non, je sais bien que jamais elle ne nous ferait de mal, à moi ou au bébé. Elle m’a touchée doucement, et ses mains étaient toutes chaudes.

— Mais ses paroles… répondit Vincent, troublé.

Catherine le rassura d’un sourire. Elle comprenait que certaines des paroles de Narcissa étaient à double sens, faisant allusion à des choses que seuls Vincent et elle connaissaient, des souvenirs pour le moment enfouis au fond de la mémoire perdue de Vincent, mais peut-être assez proches de la surface pour le perturber. Narcissa avait même cité ce poème de Dylan thomas qu’il avait répété sans arrêt dans son délire. Ce qui était perdu sera retrouvé. Pour elle, c’était la promesse que Vincent retrouverait la mémoire. Elle prit ses mains et le regarda droit dans les yeux.

— Ce qu’elle a dit n’était peut-être pas très clair, mais c’étaient clairement des paroles d’espoir. De confiance en l’avenir.

— Oui, chuchota-t-il en l’attirant dans ses bras, pris d’un irrésistible besoin de la sentir contre lui. Sans qu’il puisse mettre le doigt sur ce que c’était, quelque chose dans les paroles de Narcissa l’avait troublé, éveillant un nuage sombre qu’il pouvait parfois sentir rouler au fond de lui, juste hors de sa portée. Il enfouit le visage dans les cheveux de Catherine pour respirer son parfum et la sensation de malaise disparut.

 Le chemin est le bon. Cela au moins était clair dans les déclarations énigmatiques de la vieille magicienne et Vincent ne pouvait qu’être d’accord avec elle de tout son être.

— Oh, Catherine, souffla-t-il dans ses cheveux.

Elle s’écarta légèrement pour lever la tête vers lui, les yeux brillants, la bouche légèrement ouverte en une invitation inconsciente. Oublieux du reste du monde, il inclina lentement la tête, irrésistiblement attiré vers ses lèvres… Des applaudissements bruyants les séparèrent en sursaut. En regardant vers la salle, ils virent Sebastian saluer un public enthousiaste et échangèrent avec un peu de gêne un regard soulagé, conscients tous deux que s’ils s’étaient embrassés, là sur ces escaliers comme sur une scène, les applaudissements suivants n’auraient sans doute pas été pour Sebastian.

— On dirait que nous avons manqué quelque chose, dit finalement Catherine avec un sourire en coin.

— C’est certain, répondit solennellement Vincent, une étincelle au fond des yeux.

La main dans la main, ils descendirent les escaliers pour se mêler à la foule joyeuse et profiter de la compagnie. Ils auraient du temps pour eux seuls plus tard, ils s’en firent silencieusement la promesse tandis qu’ils bavardaient avec leurs amis.

Lin et Henry Peï étaient venus avec leur bébé, Henry Vincent, et leur firent promettre de venir un soir dîner avec eux dans le sous-sol de leur restaurant.

Michael aussi était là et discuta avec Vincent de son cursus et de ses cours. Brooke, rayonnante, s'accrochait à son bras. Catherine remarqua combien le jeune homme semblait soulagé que Vincent ait oublié un certain incident.

Ils parlèrent longtemps avec Laura qui menait maintenant une vie active En-Haut comme professeur dans un établissement pour enfants déficients auditifs. Elle était venue sans son fiancé, qui ne connaissait toujours pas l’existence des tunnels, mais elle avait bien l’intention, avec le soutien de Catherine, de demander prochainement au Conseil l’autorisation de lui présenter sa famille, avant leur mariage prévu pour juin prochain.

Vincent observait discrètement Catherine qui parlait aux uns et aux autres, réalisant qu’elle était tout aussi familière avec beaucoup de leurs Amis d’En-Haut qu’elle l’était avec les habitants des tunnels. Il avait été brièvement informé des changements survenus ces dernières années mais comprenait maintenant que Catherine avait pris une part active à la plupart de ces évènements. Et apparemment, lui aussi. La question  dérangeante de ses relations passées avec Catherine remonta à la surface une fois de plus et une fois de plus, il la laissa sombrer à nouveau dans l’oubli, répugnant instinctivement à chercher plus loin.

Ils étaient en train de discuter avec un nouvel Ami nommé Brian, que Catherine lui avait présenté, quand la voix de Père s’éleva pour réclamer l’attention. La Fête de l’Hiver se terminait.

Les gens des tunnels et leurs Amis se donnèrent la main pour former un grand cercle, symbole vivant de l’amitié et du soutien qu’ils s’offraient mutuellement.

— Notre monde, cette année encore, a traversé bien des heures sombres, commença Père. Mais nous avons survécu. Et nous voilà une fois de plus réunis pour célébrer la lumière et l’amitié. Avant de nous séparer pour une nouvelle année, j’aimerais que nous pensions à toutes les bonnes choses qui nous sont arrivées, à toutes les raisons que nous avons d’espérer et d’avoir confiance en l’avenir. De nouveaux amis, d’anciens amis retrouvés, des enfants nés et à naître, des projets individuels et collectifs qui se réalisent grâce à l’aide de tous… Notre communauté progresse, que ce soient nos Amis ou le peuple des tunnels, et c’est nous tous qui la faisons prospérer en partageant notre force et notre lumière. Puisse l’année qui vient tenir toutes ses promesses. Puissent les ténèbres nous épargner, mais souvenez vous que les ténèbres ne sont que l’absence de lumière et que tous les hivers ont une fin.

Les mains jointes s’élevèrent vers le ciel. L’émotion collective était si forte dans la grande salle que Vincent en avait du mal à respirer. Mais il tirait aussi une grande joie de ce puissant courant d’énergie positive qui le traversait, réchauffant chaque fibre de son être. De la masse indistincte des émotions un rayon surgit soudain, pur et clair, lui allant droit au cœur. Catherine ! Elle se tenait à ses côtés, le regard lumineux, sa petite main chaude serrant fermement la sienne, et l’espace de quelques instants, Vincent put partager sa joie frémissante, sentir son espoir, sa confiance, son amour. Son amour pour leur communauté, pour l’enfant au creux de son ventre qui s’était éveillé comme pour participer lui aussi au rituel. Et par-dessus tout le reste, inondant l’âme de Vincent comme un torrent, il y avait l’amour que Catherine lui portait, un courant irrésistible dont la force et la profondeur lui causèrent un choc. Cela ne dura qu’une poignée de seconde, puis le rituel arriva à sa fin. Les mains se séparèrent, les conversations reprirent et Vincent resta là, comme étourdi, à se demander s’il n’avait pas pris pas ses désirs pour des réalités et rêvé ce miraculeux moment de vérité.

La main de Catherine était toujours blottie dans la sienne et il la pressa doucement. Elle réagit instantanément, levant vers lui un visage rayonnant et dans ses yeux pleins de larmes, il lut la confirmation silencieuse de ce que son cœur lui avait dit.

— Oh, Vincent ! soupira-t-elle

— Catherine… À contrecœur, il se força à détourner les yeux de son regard plein d’adoration. Les Amis s’en allaient, il y avait des adieux à faire, des groupes à organiser pour les raccompagner. Vincent ramena Catherine à son fauteuil et elle resta assise là, ne le quittant pas un seul instant des yeux tandis qu’il vaquait à ses diverses tâches. Petit à petit, la Grande Salle se vida jusqu’à ce qu’il n’y reste plus que des habitants des tunnels occupés à débarrasser les restes du buffet et la vaisselle. Catherine, lassée de rester là à ne rien faire, voulut les aider mais se fit instantanément intercepter par Mary, qui lui enleva prestement la pile d’assiette des mains.

— Non, non, ma petite fille ! Laisse-nous donc nous occuper de ça. Il est d'ailleurs grand temps que tu ailles te reposer. Vincent. Vincent ! Tu voudrais bien venir ?

Il posa l’énorme table qu’il portait et les rejoignit.

— Oui, Mary ?

— Les tables peuvent attendre, elles ne vont sûrement pas s’envoler. Tu devrais plutôt raccompagner Catherine à sa chambre. Il commence à se faire tard.

— Oui, bien sûr, répondit-il avec un regard appuyé vers Catherine, qui sourit innocemment en prenant le bras qu’il lui offrait.

— Et au fait, Vincent, le rappela Mary alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie, je pense qu’il vaudrait mieux que Catherine ne monte pas tous ces escaliers. Elle a l’air épuisée.

Il hocha solennellement la tête et Mary, une étincelle au fond des yeux, les regarda mettre leurs capes et sortir. On ne pourrait pas dire qu’elle n’avait pas fait de son mieux…

Dès la sortie de la salle, le vent les encercla de ses hurlements et Catherine, frissonnante, resserra sa cape autour d’elle. Immédiatement, elle se sentit soulevée du sol et se retrouva dans les grands bras de Vincent, serrée contre sa poitrine. Il répondit à son cri de surprise par un petit rire.

— Je ne fais qu’obéir aux ordres de Mary, Catherine.

— Loin de moi l’idée de désobéir aux ordres de Mary, rétorqua gaiement Catherine en lui passant les bras autour du cou. Bénie soit cette chère Mary ! ajouta-t-elle en son for intérieur, se blottissant avec délices contre la chaleur du corps de Vincent tandis qu’il gravissait les escaliers.

Une fois en haut, il dut bien s’avouer qu'il n’avait pas la moindre envie de la lâcher. Elle avait beau ne presque rien peser, il avait l’impression d’avoir le monde entier dans ses bras. Tout un monde de promesses et d’espoirs, un monde d’amour. Du plus profond, du plus noir de son être surgit une vague sauvage et possessive, un désir fou d’emporter Catherine vers une caverne lointaine connue de lui seul, de l’aimer tout au long de la nuit sans fin des tunnels, de ne plus jamais la laisser repartir ! Il savait bien d’où venaient ce pensées, et cela aurait du l’effrayer, mais pas ce soir. Son amour pour Catherine était assez puissant pour éclairer même les plus sombres profondeurs de son âme, pour transformer ces effrayants abîmes en quelque chose qu’il pouvait commencer à accepter sans crainte de s’y engloutir. L’énormité de cette révélation donna le vertige à Vincent, mais il la mit de côté pour y réfléchir plus tard et serra plus fort contre lui le corps tendre de Catherine, bien décidé à profiter du moment présent et de ceux encore à venir.

Comme ils passaient devant l’entrée de sa chambre, il sentit Catherine bouger dans ses bras et resserrer son étreinte autour de son cou. Il s’arrêta et baissa les yeux vers un regard intense et assombri où se lisait une passion égale à la sienne.

Il faillit céder à leur désir partagé, faillit la porter jusqu’à son lit pour la faire sienne, maintenant et à jamais, mais les mots de Narcissa lui revinrent. Courage et prudence. Vincent aurait été bien incapable de dire en quoi consistait le courage en cet instant précis, mais il savait au moins ce que demandait la prudence. Avec un soupir, il repartit vers la chambre de Catherine. Il poussa le rideau de l’épaule pour y entrer, toujours chargé de son précieux fardeau, laissant la draperie retomber derrière eux. Ce ne fut qu’une fois au milieu de la chambre qu’il la reposa, la soutenant de son bras jusqu’à ce qu’elle tienne bien sur ses pieds.

Catherine ressentit une douleur physique quand la main de Vincent la quitta. Elle était soudain seule et glacée. Instinctivement, elle se rapprocha de lui, prise d’un besoin irrésistible de le toucher, de sentir à nouveau sa chaleur, et poussa un petit soupir heureux quand ses bras se refermèrent sur elle. Aussi fort que fût leur désir mutuel, elle savait bien qu’il n’était pas encore près à franchir un pas d’une telle importance, mais cela ne voulait pas dire qu’ils devaient se séparer sans se dire bonsoir comme il convenait… Elle leva le visage vers lui, caressant les traits bien aimés d’un regard langoureux pour finalement fixer les yeux sur la belle bouche dont les contours inhabituels l’avaient toujours intriguée. Il fallait qu’elle y goûte !

Vincent ne tenta même pas de résister. Au moins l’une des promesses de cette nuit magique allait être tenue sur le champ.

Penchant la tête, il effleura de la bouche les lèvres offertes en une caresse légère, puis s’enhardit en les sentant s’ouvrir sous les siennes et accrut la pression, avide de son goût. Avec un gémissement il resserra les bras sur son corps, levant une main vers sa nuque pour la tenir contre lui et se désaltéra longuement à sa douceur, sa langue caressant au passage celle, petite et active, de Catherine.

Leur baiser dura une éternité, aucun des deux n’ayant la moindre envie d’y mettre fin. Ils parvenaient bien à respirer de temps en temps mais c’était loin d’être leur préoccupation première, perdus qu’ils étaient dans un monde de sentiments et de sensations qui n’appartenait qu’à eux. Catherine savait qu’en cet instant Vincent tout entier lui était rendu, avec ses zones d’ombre et de lumière, l’homme qui l’avait aimée dans cette caverne. Et même si les souvenirs de Vincent n’étaient pas encore prêts à refaire surface, elle avait la certitude absolue que tous les moments qu’ils avaient partagés, le meilleur comme le pire, étaient présents dans son âme pendant qu’il l’embrassait.

Vincent se laissait totalement aller à la joie de ce contact intime avec Catherine. Son âme, sa vie entière étaient désormais à elle. Il n’existait que pour aimer cette femme et il l’aimerait, de tout son être et jusqu’à la fin des temps, si elle voulait bien l’accepter. Il sentit monter du fond de lui une faim sauvage, mais n’en éprouva ni peur ni honte. Il pouvait maintenant accepter ces pulsions, parce qu’elles provenaient de son amour pour Catherine. Il fallait simplement les empêcher de trop prendre le dessus. Avec un soupir, il s’arracha à contrecœur des bras et des lèvres de Catherine, lui caressant doucement la joue pour apaiser sa frustration.

— Il faut que je m’en aille, Catherine, chuchota-t-il.

Elle s’aperçut soudain que les tuyaux résonnaient de nombreux messages, où le nom de Vincent revenait fréquemment.

— Il semblerait qu’on a besoin de toi dans la Grande Salle, parvint-elle à souffler.

Il acquiesça et se pencha pour un dernier petit baiser.

— Dors bien, Catherine.

— Bonne nuit, Vincent.

Avant de sortir de la chambre il la regarda une dernière fois, si belle dans sa robe rouge, les cheveux un peu en désordre et les lèvres encore gonflées de leurs baisers.

— Oh, Catherine, soupira-t-il avant de s’en aller pendant qu’il en avait encore le courage.

Touchant à peine terre, Vincent repartit vers la Grande Salle avec la conviction que tout était possible.

 

Chapitre 12

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