Que mon coeur battrait à l'entendre
(Out of the Ruined Place)
De Moira KEELEY

Traduit de l'américain par Agnès
 

 

Chapitre 6




Les hommes en costume sortirent immédiatement de la boutique du traiteur. Ils se regardèrent et suivirent du regard la silhouette de Diana qui s’éloignait. Il se hâtèrent le long de la ruelle vide. Il n’y avait rien ici. Où avait-elle bien pu aller ? Puis ils virent la bouche d’égout.

- Qu’est-ce que tu en penses ?

- Je ne sais pas, mec. Elle n’est pas ressortie. Il n’y aucun autre passage.

Ils observèrent les imposants immeubles tout autour, enlevèrent le couvercle et descendirent dans la lumière indécise après avoir testé l'échelle.

Catherine avait déjà commencé à marcher quand elle entendit le bruit du couvercle soulevé à nouveau. Elle se retourna en souriant. Peut-être Diana avait-elle décidé d’oublier ses papiers jusqu’à demain matin. Elle retourna au croisement et resta figée juste un instant. S’agissait-il d’autres habitants des tunnels ? L'homme qui venait d’arriver en bas de l’échelle la vit et hurla en direction de l’autre. Elle se retourna alors et s’enfuit. Il était trop tard, ils étaient juste derrière elle.

Catherine ne voulait pas les mener aux tunnels habités. L’Abysse ! Elle pourrait les terroriser, les désorienter, peut-être les piéger, au moins l’un d’entre eux et les amener à tomber dans le vide. Elle entendit un bruit sec, puis un morceau de roche explosa près de son oreille envoyant des projections de petits morceaux de schistes dans toutes les directions. Elle se mit à courir à toute vitesse vers le ravin.


Vincent avait été inquiet toute la journée. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose manquait. Il cessa le travail plus tôt que d’habitude et au lieu d’aller chercher Jacob, il se dirigea vers la chambre de Père. Il avait entendu sur les tuyaux que Peter était là. Il avait envie de parler.

Il s’arrêta bouleversé, sa main cogna le mur à la recherche d’un support. Il leva la tête, mi grognant, mi rugissant. Il trébucha en avant et se reprit, puis commença à voler littéralement, ses pieds touchant à peine le sol alors qu’il bondissait à travers les tunnels, se baissait pour éviter des roches basses ou pendantes, sautait par dessus les obstacles, man?uvrait à travers les espaces entre les tuyaux.


Catherine avait atteint L’Abysse. Elle obliqua pour éviter la zone habitée et courut le long du sentier suspendu au dessus du canyon. Peut-être qu’au moins l’un d’eux glisserait. Elle se retourna, personne en vue. Elle se projeta dans une crevasse de la paroi rocheuse. Elle ne pouvait plus continuer à courir. Elle n’avait plus de souffle. Elle se recroquevilla, espérant les avoir semés. C’est alors qu’elle le vit. Il passa devant elle, avançant précautionneusement, regardant droit devant lui. Il ne l’avait pas vue. Elle se renfonça dans la fissure.

Mais il se retourna et la vit. Lorsqu’il dirigea son arme vers elle, elle avait déjà bougé, courant tout en évitant les écueils. Elle n’avait pas d’autre choix maintenant que de traverser le ravin. Mais sur l’autre rive se trouvait l’autre homme qui avait traversé avant elle. Il stationnait au bout du passage. Il sortit un couteau de lancer et lui sourit jusqu’aux oreilles. Elle se retourna pour regarder derrière elle alors que le premier homme atteignait le pont. Elle était piégée. Son pied heurta une planche disjointe et elle vacilla sur le plancher de bois. Tout s’était passé si merveilleusement. L’image du petit garçon, l’enfant de Vincent, traversa son esprit comme un flash. Elle était sûre que ce serait sa dernière pensée.

C’est alors qu’elle l’entendit. Un animal ou une sorte d’animal. Ses rugissements se propageaient à travers le gouffre. Elle leva la tête au moment où il devint visible. Une créature, pas complètement animale, mais non humaine, arriva droit sur l’homme debout devant elle. Celui-ci se figea une seconde puis attaqua avec son couteau. L’être avait des réflexes foudroyants. Il sauta en avant, en arrière, et d’un simple mouvement, déchira la chair de l’homme, le lacéra, sa peau s’arrachant aussi facilement qu’un papier d’emballage à un paquet.

Catherine pu voir un instant les organes internes de l’homme. Seulement un instant car de son autre main la créature frappa sur la jugulaire ; le coup fit perdre l’équilibre à l’homme qui tomba par dessus la mince balustrade. Il disparut. La créature ne regarda absolument pas dans la direction de Catherine. Son attention était attirée par quelque chose derrière elle. L’homme-animal s’accroupit comme un chat prêt à bondir, se déplaçant furtivement, un grondement sauvage dans la poitrine, les lèvres retournées dans un rictus qui fit voir de larges crocs blancs et coupants. Ses vêtements étaient éclaboussés, ses griffes dégoulinaient de sang.

Catherine réalisa alors ce que la créature poursuivait, elle avait failli oublier l’autre homme. Elle se retourna alors que celui-ci levait un bras tremblant et comprit tout à coup ce qu’il avait l’intention de faire. Elle sauta sur lui. Trop tard. Il avait tiré. Mais l’impact de son corps le fit tomber et les envoya tous deux rouler dangereusement près du bord. D’abord choqué, l'homme retrouva ses esprits et tenta de récupérer son pistolet. Catherine le sentait près de son pied. Elle donna un coup de pied et se réjouit de l’avoir envoyé hors de portée. L’homme se retourna au dessus d’elle et jurant à la perte de son arme, essaya de lui serrer le cou.

Mais il fut tiré loin d’elle. La créature ne chercha même pas à le frapper. Elle le secoua comme un animal secoue une proie et le jeta dans le vide. Puis l’être fantastique vacilla, perdit pied et manqua tomber la tête la première dans les abysses. Catherine s’élança en avant, attrapant ses habits des deux mains tout en se jetant elle-même en arrière loin du bord. Elle réussit à le tirer, elle tomba sur le dos, lui à genoux. Il la regarda en face et elle fut certaine que, fut-elle droguée, passée aux électrochocs, et ceci jusqu’à la fin de sa vie, elle n’oublierait jamais le regard qu’il eut pour elle et le son de sa voix lorsqu’il murmura le nom de Catherine.

Sa poitrine était trempée de pourpre. Et en haut juste en dessous de la ligne de son épaule, il y avait une blessure d’où le sang jaillissait littéralement, sa vie s’échappant en jets rapides. Elle l’avait reconnu. Elle était sûre qu’il ne pouvait y avoir personne dans le monde entier qui avait une voix comme la sienne. Il ne pouvait y avoir aucun doute. C’était lui. C’était Vincent. Le Vincent qui faisait la lecture aux enfants. Le Vincent dont la voix hantait ses rêves et qui était aussi le seul parent du bébé aux yeux bleus. Et elle l’avait pratiquement tué.

Elle enleva sa veste pour ligaturer la blessure. Et courut vers le passage conduisant aux tunnels où elle cogna un message urgent sur les tuyaux. « On a tiré sur Vincent , pont au dessus des abysses, perd terriblement de sang, vite, vite » Elle retourna toujours en courant à ses côtés. Soulevant sa tête et ses épaules, elle installa son corps contre le sien, berça sa tête contre sa poitrine et maintint fort sa main contre la blessure pour l’empêcher de couler. Elle se pencha, sa joue contre la sienne. Il allait mourir. Elle le sut aux râles étouffés de sa respiration.

Elle essaya de lui parler, de lui dire que l’aide allait venir, qu’elle était désolée. Mais les sons ne venaient pas. Si elle avait pu parler, n’aurait-elle pas parlé à l’hôpital depuis longtemps. La plupart des maux dont elle avait souffert dans les derniers mois étaient dus à son incapacité à parler. Et maintenant il allait mourir sans entendre le réconfort d’une voix humaine. Elle voulait lui dire de tenir bon. Elle avala sa salive, posa sa bouche près de son oreille et murmura. Et cette fois, elle parla. Mais ce n’étaient pas les mots qu’elle avait préparés qui vinrent. Les syllabes se formèrent toute seules sur ses lèvres :

- Ne meurs pas Vincent ! Ne meurs pas. Je t’aime.

Elle se contentait de le tenir, silencieusement, sa main pressée contre le trou dans sa poitrine, son front contre le sien. Bientôt, ils furent tous là ; après ce qui lui avait semblé des heures, ils étaient autour d’elle. Catherine abandonna sa prise sur lui et recula lentement toujours assise. Ils se pressaient autour du corps inerte.

- A quel point est-ce grave, Peter ? demanda Pascal.

Peter secoua la tête. Il avait son sac avec lui, il se débarrassa de ses vêtements. Personne ne faisait attention à Catherine, elle se retourna et traversa le pont de bois dans la direction d’où elle était arrivée. Elle commença à descendre le passage, mais ses jambes lui manquèrent et elle glissa au sol.

Peter avait fait ce qu’il pouvait pour l’instant, il se releva et ordonna aux autres de transporter Vincent. Il chercha la femme qu’il avait vue. Elle n’était pas là. Il marcha un peu de l’autre côté du pont. Il aurait juré… mais évidemment ce n’était pas possible. Et Père aurait besoin de son aide pour Vincent. Peter revint sur ses pas et prit la direction de la caverne hôpital. Il envoya un message sur les tuyaux à Père décrivant la localisation et la profondeur de la blessure de Vincent. Il se retourna pour regarder derrière lui une dernière fois et continua son chemin.

Catherine resta affalée contre le mur du tunnel plusieurs minutes et entendit l’information de Peter sur les tuyaux. Elle se leva et marcha dans la seule direction à laquelle elle pouvait penser. Elle s’arrêta à l’ouverture du tunnel au dessus de la chambre de Vincent. La pièce était calme. Jacob n’était pas dans son berceau. Elle était fatiguée à mort, « sur les rives fatales ». Elle se laissa glisser le long du mur, s’enroula sur elle-même, la tête sur les genoux et attendit.

Elle n’avait aucune idée du temps qui avait passé. Des heures, des jours. Ils le ramenèrent enfin dans sa chambre. Mouse, Jamie, Pascal. Il avait une perfusion dans le bras. Ils le portaient avec un brancard. Père, Rébecca et Sarah suivaient derrière. Ils firent de leur mieux pour l’installer confortablement dans son lit. Ils empilèrent les couettes sur lui pour lui tenir chaud, allumèrent un feu dans un brasero près de son lit. Il était étendu, aussi calme que la mort. Sa peau sous la fourrure était pâle et froide, sa respiration imperceptible.

- Pourquoi Mouse peut pas donner son sang. N’en n’a pas besoin ?

- Mouse, on te l’a dit des centaines de fois. Tu n’es pas compatible avec lui. Cela le tuerait, répondit Père d’une voix épuisée.

- Mais vous avez pris le sang de Mouse quand Kanin a été blessé. Vous aviez dit que Mouse était donneur mondial.

- Un donneur universel. Oui en effet, tu l’es. Mais le sang de Vincent est différent de celui de n’importe qui d’autre. Malheureusement personne ne peut lui en donner. Je sais Mouse, c’est terrible de se sentir impuissant.

Père attira Rébecca de côté juste sous l’endroit où Catherine était assise.

- Je dois retourner parler à tout le monde. Appelle moi si tu vois le moindre changement de quelque sorte que ce soit.

- Je le ferai Père. Il… Père, à quel point c’est grave ?

- Tu veux la vérité ?

- Oui.

- Je suis surpris qu’il soit encore vivant. Il ne devrait plus l’être.

- Mais il a déjà été blessé de cette façon auparavant.

- Non, pas comme cela. La balle a déchiré une artère. Il a perdu trop de sang et on ne peut pas le remplacer. Je suis désolé Rébecca, j’ai fait tout ce que j’ai pu. On ne peut plus qu’attendre. Il ne passera peut-être pas la nuit. Il faut que tu sois prête.

Rébecca se jeta dans les bras de Père, en larmes.

- Je ne peux pas. Ça ne se peut pas.

Père luttait lui aussi contre se larmes.

- Je sais, mais s’il le faut, il faut que tu sois prête. Et.. il est revenu de si loin. Je ne pensais pas qu’il résisterait à l’opération. Donc peut-être… peut-être que nous pouvons encore avoir de l’espoir.

- Et Jacob ?

- Jacob nous a, nous tous. Rébecca, je dois y aller. Nous ne savons pas ce qui s’est passé avec les intrus. Il se peut qu’ils rodent encore dans les tunnels. Je t'en prie...

Rébecca s’efforça de faire bonne figure, du mieux qu’elle put. Père retourna près de Vincent et lui caressa le visage et les mains.

- Je t’aime Vincent. Maintenant et toujours. Si tu dois aller quelque part ailleurs cette nuit, je suis sûre que Catherine t’y attendra. Père s’arrêta un instant, incapable de poursuivre. Et je prendrai soin de ton fils exactement comme autrefois j’ai pris soin de toi.

Il resta immobile et continua calmement à le regarder quelques instants. Sarah s’avança et l’accompagna jusqu’à la porte. Tout le monde était silencieux. Rébecca prit place dans le fauteuil de Vincent. Finalement Pascal rappela à Jamie qu’on les attendait ailleurs. Jamie opina. Il pourrait bien y avoir deux hommes armés dans leur proximité. Ils sortirent. Rébecca resta assise patiemment alors que Mouse arpentait la pièce et Catherine était assise au dessus d’eux en pleine détresse silencieuse.


Père entra en boitant dans l’espace bondé. Tous ceux qui n’étaient pas de garde ou dans une équipe de recherche, étaient là. Peter leva la tête. Il regarda Père, en quête d’indications sur les suites. Père secoua la tête.

- Je leur ai fait part de notre pronostic, dit Peter en soupirant.

Père confirma de la tête.

- Tu devrais rentrer chez toi et dormir un peu, Peter. On t’appellera si c’est nécessaire. Au fait à propos de ces fournitures dont nous avons parlé…

- Tu n’as presque plus de fil à suturer. Quoi d’autre ? Oh, oui, se rappela Peter sortant un petit morceau de papier de sa poche, j’ai fait une liste.

Peter semblait un peu perdu. Les événements de la journée pesaient sur chacun d’eux. Il se rappelait vaguement autre chose, toutefois, regarda autour de lui et se rapprocha de Père.

- Jacob, cette femme, Rose. Tu ne trouves pas la ressemblance étrange ?

Père venait juste de s’asseoir à son bureau. Épuisé et également incapable de se concentrer, il se tourna vers Peter.

- Une ressemblance ? Avec qui ?

- Comment peux-tu le demander ? Elle lui ressemble tellement. Il me semble, je ne lui ai jeté qu’un regard, mais…

- Mais que s’est-il passé ? Diana apparut sur le seuil. Elle regarda autour de la grotte les visages abattus de l’assemblée. J’ai eu votre mot. Que s’est-il passé ?

Père avait envoyé un message à Diana pour lui dire qu’on avait besoin d’elle d’urgence. Il se tourna vers elle. Lentement il lui raconta.

- Zach était la sentinelle de garde près de l’entrée par laquelle Rose est revenue aujourd’hui. Elle est passée en courant suivie de près par deux hommes armés.

- Oh mon dieu, dit Diana en haletant.

- Il a donné l’alerte. Nous nous sommes organisés pour les pister.

Diana ne put attendre plus longtemps.

- Rose, est-elle… ?

- Non, pour ce que nous en savons, elle n’a pas été blessée. Elle a envoyé un message par les tuyaux depuis les abysses.

Diana se retourna pour dévisager le cercle à la mine désolée qui l’entourait.

- Quel message ?

Pascal répondit.

- Vincent. C’est lui qui les trouvés en premier. On lui a tiré dessus, Diana.

Diana se sentit mal, mais réussit à rester debout.

- A quel point va-t-il mal ?

Tous restèrent silencieux. Ce fut Peter qui prit la parole.

- Il va très mal. Il vit encore… mais… nous ne savons pas s’il il va résister… pour dire la vérité Diana, nous n’avons pas beaucoup d’espoir.

Diana ne put que murmurer

- Où est-il ?

Mais William l’interrompit.

- Il y a un autre problème Diana. Nous ne savons pas où sont ces hommes qui ont suivi Rose et tiré sur Vincent. Rose a disparu et nous ne pouvons trouver trace d’aucun d’eux.

- Pas disparue. Mouse sait.

Leurs regards se dirigèrent vers lui. Il était presque en haut de l’escalier à spirale et commença à descendre.

- Des cheveux blonds, dans une robe blanche ?

Diana commença à avancer.

- Oui.

- Assise dans le tunnel au dessus de Vincent. Tête baissée. Comme si elle priait.

Père se leva.

- Merci mon dieu pour cela au moins. Nous devons lui poser des questions.

- Je m’en occupe, s’exclama Diana, elle doit être terrorisée.

Elle regarda autour d’elle.

- Je suis vraiment désolée, vous tous. C’est de ma faute. Je n’arrive pas à croire que je n’ai rien vu.

Elle s’interrompit en pensant aux deux hommes qui déambulaient devant elles.

- Je m’attendais à des membres de gang. Comment ai-je pu être aussi stupide. Se tournant vers Zach. Deux hommes aux cheveux noirs en costume ?

Il entérina.

- Mon dieu, je suis tellement désolée., ajouta-t-elle face à la foule muette.

- C'est un minimum, marmonna William.

- Je vais découvrir ce qui s’est passé.

Diana se précipita dans l’escalier et sortit.

Père retomba au fond de son fauteuil. Peter s’approcha et posa une main sur son épaule.

- Je pense que nous avons tous deux besoin de repos.

Père posa sa main sur celle de Peter. Ils échangèrent un soupir. Peter tapa doucement son épaule et prit le même chemin que Diana.

- Kanin, Rolley, il faudrait que vous accompagniez Peter. Je ne veux voir personne s’éloigner seul.

Tous deux sortirent derrière Peter.

Diana arriva à la chambre de Vincent légèrement essoufflée. Elle était là exactement comme l’avait dit Mouse. Elle pouvait voir le blanc de sa robe dans l’ombre au dessus d’eux. Vincent ! Elle s’approcha de lui, se pencha et caressa son visage qui était froid et immobile. Diana avait déjà vu Vincent blessé auparavant. Mais pas dans cet état. Sa peau était moite et épaisse. Était-il même encore vivant ? Elle chercha le pouls dans son cou, et eut du mal à le sentir. Non, il était bien là mais très faible. Diana passa ses mains dans sa chevelure rousse Comment avait-elle pu laisser cela arriver ? Elle avait été inconsciente de célébrer trop tôt leur victoire.

Elle se retourna vers Rébecca, et chuchota pour lui parler de la présence de Rose et lui demander de la laisser lui parler seule à seule. Rébecca alla à côté de Vincent, lui parla doucement et après avoir déposé un baiser sur son front quitta la pièce. Diana leva la tête pour dire à Catherine de descendre la rejoindre mais celle-ci descendait déjà l’échelle. En un instant, elle se glissa auprès de lui, regardant son visage immobile.

- Rose, Rose, je sais à quel point vous devez vous sentir mal. Mais il faut que vous me disiez ce qui est arrivé aux deux hommes qui vous suivaient.

Diana chercha des yeux du matériel d’écriture puis alla jusqu’à la table de Vincent où elle prit le journal de Vincent le feuilletant à la recherche d’une page blanche.

- Ils sont morts, tous les deux, murmura Catherine, la voix rauque. Partis, dans l' Abysse.

Diana la dévisagea.

- Vous parlez ! s’exclama-t-elle en posant le carnet. Mon dieu, Rose que s’est-il passé ?

- Ils m’ont suivi En-Bas. Ils allaient me tuer. Il est venu pour moi. Elle se détourna de Diana pour s’adresser à Vincent.

- Pourquoi avez-vous fait cela ? Comment avez-vous pu ? Ma mort n’aurait fait de peine à personne, tandis que vous ! Comment avez-vous pu vous sacrifier comme cela ?

- Chut. Vous êtes à bout de nerfs. C’est Vincent, il est comme ça. Il protège chacun En-Bas.

- Mais je n’ai personne, alors que tout le monde dépend de lui, dit-elle en laissant échapper un sanglot, tout le monde l’aime. Il a un fils.

Elle se tourna vers Diana, montrant ses bras tendus.

- Je voudrais donner mon sang pour lui, si je le pouvais, et jusqu’à la dernière goutte. Rien d’autre n’a d’importance, que ce qui pourrait le ramener à la vie.

Diana pouvait voir sa sincérité. Elle posa sa main sur le bras de Catherine qui tremblait.

- Oh mon dieu, Rose, vous êtes gelée.

Catherine n’avait d’yeux que pour Vincent et se laissa tomber à genoux à côté du lit.

-Rose, pas sur ce sol glacé, s’il vous plait, vous allez attraper la mort.

Catherine n’entendit pas. Diana regarda autour d’elle à la recherche d’une couverture et vit la cape de Vincent jetée sur une chaise. Elle l’attrapa et la posa sur les épaules de Catherine, la capuche tomba en avant sur son visage.

Catherine se rappelait encore les légendes décrivant des objets magiques, des accessoires de tous les jours possédant des pouvoirs fantastiques et des qualités mystiques. La lampe d’Aladdin, le rouet de Gargouilligouilla, le haricot de Jack. Certainement cette cape devait être de la même eau. Parce que dès que le vêtement la recouvrit, et que la douce étoffe du bord usée par sa joue à lui, flotta contre sa figure, elle eut une soudaine impression de chaleur et de calme. Elle plaça ses coudes sur le lit et se penchant en avant, caressa les cheveux de Vincent. Et se penchant plus avant, elle posa doucement ses lèvres contre son arcade sourcilière et sourit presque en le regardant.

- Je suis de retour dans une minute, dit Diana à Catherine qui se contenta d’approuver et continua à caresser les cheveux étalés autour de lui sur l’oreiller.

Diana se hâta de rejoindre Père. La plupart des autres s’étaient rendus dans la cuisine, pour lui laisser prendre un peu de repos. Pascal, Mary, Rolley et Léna étaient les seuls présents. Père s’était assis dans un fauteuil plus confortable. Sa tête était inclinée, ses doigts contre ses tempes. Il ouvrit les yeux rapidement et se redressa quand Diana entra.

- Ne vous faites plus de souci à propos de ces hommes, Père. Il sont tombés dans l’Abysse, tous les deux.

- Oh, eh bien, bonne nouvelle.

Pascal se leva

- Je vais donner l’information sur les tuyaux.

- Merci Pascal.

- Qui est avec Vincent ? demanda Mary.

- Il n’y a que Rose. Mais j’y retourne tout de suite. Je voulais juste vous prévenir que vous pouviez lever l’alerte au sujet des intrus.

- Je vais venir avec vous, offrit Léna

Diana accepta. Elle s’agenouilla près de Père.

- Rose est hors d’elle-même. Elle se culpabilise. Mais elle était sous ma responsabilité. Je suis désolée Père.

Celui-ci lui prit la main.

- Je sais Diana. Mais si vous n’aviez pas été là, Vincent ne serait plus en vie et nous n’aurions jamais retrouvé Jacob. Personne ne vous en veut.

Diana fit une grimace.

- Ce n’est pas vrai. Mais merci de le dire.

Diana se leva, Léna et elle se dirigèrent vers la chambre de Vincent. Rolley partit rejoindre les autres à la cuisine. Mary et Père restèrent, savourant leur repos.

Catherine était toujours dans la même position lorsqu’elles entrèrent dans la pièce, la tête penchée, la capuche de Vincent lui cachant le visage. Elles ne la dérangèrent pas mais s’assirent doucement et commencèrent leur veille. Finalement Mary les rejoignit et posa sa main sur l’épaule de Léna. Père s’était endormi dans son fauteuil. Mary avait posé une couverture sur lui et était sortie à pas de loup, attentive à ne pas le réveiller. Les deux femmes chuchotèrent un instant, puis Mary s’approcha de Diana et lui demanda si elle ou Rose avaient besoin de quelque chose. Diana secoua la tête. Catherine ne fit pas un geste.

- Léna et moi allons à la cuisine. Vous n’avez vraiment besoin de rien ?

- Non merci… Les pensées de Diana étaient ailleurs. Je l’ai déjà veillé une fois. Il s’était remis alors. Peut-être que ma chance durera.

Mary pris sa main et la serra.

- Vous étiez seule à ce moment là nous sommes tous là aujourd’hui. Envoyez un message si vous avez besoin de quoi que ce soit.

- Je le ferai.

Elle montra Catherine de la tête.

- Mary, ce dont nous avons besoin maintenant toutes les deux c’est d’être près de lui.

Mary le savait bien. Elle fit un pas pour se rapprocher de Vincent et tapotant sa main, lui dit combien tous l’aimaient. Elle faillit toucher aussi l’épaule de Catherine. Elle aurait tant voulu la réconforter. Mais elle laissa tomber sa main et suivit Léna.

La cuisine était pleine à craquer. William avait sorti des jattes, des casseroles et des poêles. Il travaillait à toute vapeur, pour préparer de la nourriture que personne ne pourrait avaler. Mais ils l’aidaient. Tout ce qui pouvait occuper leurs mains et leurs esprits était bon pour ne pas trop penser à ce qui venait d’arriver.

Jamie avait été préposée à l’épluchage des pois. Elle se tourna quand Mary et Léna arrivèrent.

- Comment va-t-il ?

- Toujours pareil.

Jamie se mordit la lèvre et baissa la tête. Mary continua.

- Mais c’est une bonne nouvelle, chérie. Il tient, il ne s’affaiblit pas plus. Tu sais comme il est résistant.

- Diana et cette femme sont-elles encore avec elle ? demanda Jamie.

- Oui.

Jamie se pencha sur ses légumes, avec une moue vindicative.

- Je ne vois pas pourquoi c’est comme çà. Elle n’est même pas des nôtres, grommela-t-elle.

Rolley s’était approché de Léna et avait passé son bras autour d’elle pour la réconforter. Il répondit à Jamie.

- Je ne vois pas ce que ça peut faire.

- Mais c’est sa faute non ? Elle a laissé ces types la suivre, c’est bien après elle qu’ils en avaient.

- Et tu crois qu’elle en sait rien. Tu crois pas que c’est justement ce qu’elle s’est dit toute la soirée ? Et tu sais ce que ça fait Jamie ? De se sentir responsable à propos de quelqu’un qui a toujours été gentil avec toi, d’être responsable de ses blessures. Il s’interrompit. Et de sa mort ?

Jamie regarda ses pieds, remuant lentement la tête en avant et en arrière.

- Qu’est-ce que tu crois qu’elle est en train de faire ? Prier peut-être ou lui expliquer doucement pourquoi il devrait vivre, ou peut-être juste se tenir près de lui pour qu’il ne soit pas seul. Est-ce que tu crois que ça va lui faire du mal ? Si Vincent vit, ça ne fera aucune différence si c’est elle ou l’un d’entre nous qui est resté près de lui. Mais s’il…

Rolley soupira profondément.

-… quelle importance. Peut-être au moins ça aidera-t-il cette femme, Rose, à faire la paix avec elle-même.

Jamie jeta un coup d’?il à Rolley avant de regarder ailleurs, honteuse.


Diana restait assise abattue, comme droguée, fatiguée et engourdie, son esprit retournant sans cesse dans tous les sens ce qu’elle avait raté aujourd’hui. Elle n’arrivait pas à croire que c’était arrivé. Elle pensa à tout ce qu'ensemble ils avaient enduré. Ils étaient passés au travers de tant d’embûches et aujourd’hui finir comme cela. Rose avait raison, la simple idée de faire de Jacob un orphelin était insupportable.

Tout à coup, elle sentit que quelque chose avait changé dans la pièce. Quelque chose dans l’air ? Diana se rappela avoir été sur la plage à Coney Island juste avant un ouragan. Elle pensa aux nuages noirs, circulant à toute vitesse, poussés par le vent et la pluie. La couche supérieure de sable s’était soulevée et dansait autour de ses chevilles. Mais ce qu’elle se rappelait le plus c’était la texture de l’air, l’atmosphère était électrique. Elle le sentait. C’est exactement ce dont Vincent lui avait parlé. La présence qu’il avait évoquée comme étant tout autour de lui, en lui, cette présence était ici en cet instant, ici dans la pièce.

Diana leva la tête et regarda le corps de Vincent. Était-elle en train de rêver ? Elle se leva et regarda attentivement la femme agenouillée à côté du lit. Elle ne voyait pas son visage et se baissa jusqu’à pouvoir le voir. Rose regardait Vincent avec intensité, respirant régulièrement. Diana le regarda alors et nota que le mouvement de sa poitrine était en phase avec les inspirations de celle qui était à côté de lui comme si, en fait,elle respirait avec lui, pour lui.

Diana prit sa main. Elle était chaude. Elle recula en chancelant. Elle pouvait sentir les cheveux se hérisser dans son cou. Vincent lui avait dit que c’était la présence de Catherine qu’il sentait. Mais ce n’était pas ça. C’était autre chose qu’elle aussi sentait. C’était l’amour de cette femme pour cet homme. Et cet amour était une entité indépendante. Il remplissait l’espace de la pièce comme une chose tangible. Aussi puissant qu’une force de la nature, un ouragan, un tremblement de terre ou un raz de marée. C’était définitif, tout-puissant, on ne pouvait que se sentir tout petit devant une telle énergie. Elle se tint immobile subjuguée, profondément secouée.

Elle aussi, Diana avait eu des sentiments pour lui. Elle avait été émue par lui, amoureuse, exaltée. Mais elle ne l’aimait pas de cette façon. Elle n’avait jamais ressenti cela, ne l’avait jamais vu chez qui que ce soit et n’en n’avait même jamais rêvé.

- Catherine, murmura-t-elle.

Quelle autre explication ? Mais c’était impossible. Diana avait été présente lors de l’enterrement. Elle avait vu le corps elle-même. Ce n’était pas possible. Elle s’approcha de Catherine de nouveau et s’agenouilla auprès d’elle.

- Rose, je dois retourner En-Haut quelques heures. Je dois éclaircir quelque chose. Mais il faut d’abord que je vous demande de me dire ce qui s’est passé exactement dans l'Abysse.

Brièvement Catherine raconta. Diana resta silencieuse quelques instants.

- Rose, vous me dites qu’après qu’il ait tué le premier homme et quand il se mit en chasse du deuxième, vous vous êtes portée à son secours en désarmant le tireur.

- Oui

- Mais vous n’étiez pas effrayée ?

- Bien sûr, mais je n’avais pas d’autre choix. Il était en train de tirer sur lui.

- Je voulais dire, n’aviez-vous pas peur de Vincent ?

- Vincent ? Diana, vous n’avez pas vu le regard des ces hommes. L’un d’eux voulait me taillader avec un couteau et il avait l’air d’y prendre plaisir

- Je comprends ça. Mais… vous veniez de voir Vincent mettre littéralement un homme en pièces. N’étiez vous pas terrifiée à l’idée qu’il pourrait vous faire la même chose ?

L’attention de Catherine était retournée vers Vincent, mais elle se tourna pour regarder Diana. Celle-ci fut ébranlée. Sa voix douce était devenue dure et elle avait l’air cassant, presque en colère

- Vincent ne m’aurait jamais fait de mal.

Diana fit machine arrière, totalement déconcertée.

- Non, bien sûr. Mais comment pouviez-vous le savoir ? Vous m’avez dit que vous ne vous étiez rendue compte qu’il s’agissait de Vincent que lorsque vous l’avez entendu parler. Comment auriez-vous pu le savoir avant ?

- Il est venu pour me sauver.

- Certes. Mais vous vous êtes portée à son secours avant de le savoir.

Catherine secouait la tête vigoureusement pour écarter ce que Diana venait de dire. Diana se leva. Cela ne servait à rien de continuer cette conversation. Rose refusait d’admettre l’évidence. Une créature à l’air sauvage, mi homme, mi animal, dont elle n’avait jamais entendu parler avait commis un meurtre terrifiant sous ses yeux et pourtant, deux ou trois minutes après, elle lui sauvait deux fois la vie. Cela n’avait aucun sens.

- J’y vais maintenant ? dit-elle gentiment à Catherine. Peut-être que vous devriez vous reposer aussi Rose. Un peu de sommeil vous ferait du bien.

- Je ne veux pas le quitter.

Non, bien sûr que non. Diana pensait bien qu’il en serait ainsi. Elle se leva, peut-être ferait-elle d’abord un arrêt dans la chambre de Père pour lui faire part de ce qui se passait. Mais alors qu’elle commençait à descendre le couloir, elle vit Rébecca qui arrivait en face.

- Comment va-t-il ? demanda-t-elle.

- Mieux, je pense, lui répondit Diana, bien mieux.

- Vraiment ? Oh, merci mon dieu. Le soulagement de Rébecca était palpalble.

- Rose est encore avec lui. Je dois aller En-haut un moment. Elle hésita. Je reviendrai dès que je pourrai. Rébecca, si ça ne vous fait rien, je préférerais que Rose ne soit pas dérangée. Elle a eu une longue journée, mais je ne pense pas qu’elle le quittera avant d’être sûre qu’il est complètement hors de danger.

- Je vais juste voir si tout va bien, je ne la dérangerai pas.

- Merci.

Diana lui en était vraiment reconnaissante. Elle avança pour partir puis se ravisa.

- Rébecca, à quoi ressemblait Catherine Chandler ?

Rébecca sembla abasourdie par la question.

- J’ai vu des photos évidemment, mais je me la rappelle essentiellement avec son visage couturé. Pouvez-vous me la décrire ?

Quoique perplexe, Rébecca répondit.

- Le teint clair, d’ascendance scandinave je dirais. Taille moyenne. Les cheveux lumineux. Mince. Des yeux changeants parfois gris, parfois verts.

Diana eut l’impression qu’elle allait avoir un étourdissement. Elle demanda, la voix à peine plus forte qu’un chuchotement.

- Avait-elle des signes particuliers, une cicatrice ?

- Oui, vous savez bien, comment Vincent l’a trouvée au début. Elle avait cette cicatrice sur la joue, juste ici. Pourquoi me demandez-vous tout ça, Diana ?

Diana secoua la tête.

- Je ne suis pas sûre. Je reviens aussitôt que je peux.

Rébecca la regarda inquiète, puis continua vers la chambre de Vincent. L’air était chaud. Elle regarda le grand brasero de terre cuite où l’on avait allumé du feu. Tout était consumé, il n’y avait plus que des cendres. Dans l’atmosphère, elle pouvait sentir une délicate odeur de jacinthe en fleur et de lilas. Diana avait raison. Vincent dormait paisiblement. Elle pouvait voir le mouvement régulier de sa poitrine. Il avait retrouvé des couleurs. Elle fit demi-tour et se dirigea vers la chambre de Père.

Il était à son bureau fourrageant dans son sac médical, quand Rébecca arriva en courant.

- J’arrive. Je ne croyais pas que je le pourrais, mais je me suis endormi. L’épuisement je suppose. Mais tu n’aurais pas du me laisser si longtemps. Y-a-t-il un changement ?

- Oui.

Père s’immobilisa, retenant son souffle.

- Il semble aller mieux dit Rébecca.

- Ah !

- C’est ce que Diana a dit. Et c’est ce que j’ai vu moi aussi.

Père posa sa main sur l’épaule de Rébecca, mais cela ne lui suffit pas. Il la serra dans ses bras.

- J’ai cru, j’ai bien cru que cette fois nous allions réellement le perdre.

Il ferma rapidement son sac d’un coup sec et se dirigea vers l’escalier. Rébecca le suivit pour lui faire part du départ de Diana.

- Père, cette femme, Rose est encore avec lui, à genoux à côté du lit. Diana m’a demandé de ne pas la déranger.

Père sembla un peu surpris.

- Et...Père, continua Rébecca toujours sur ses talons, elle m’a posé une question vraiment étrange.

- Quelle question ?

- Elle m’a demandé de lui dire à quoi ressemblait Catherine Chandler.

Troublé lui aussi, Père marqua le pas.

- Y-a-t-il encore du monde à la cuisine ? demanda-t-il.

- Ils y sont tous. Ils ne pouvaient pas dormir. William est en plein coup de feu.

- Bon, alors peut-être pourrais-tu aller le voir pour lui demander de me faire une tasse de thé.

- Bien sûr Père. Avec des toasts peut-être. Vous devriez manger quelque chose.

- Oui j’aimerai bien. Je serai dans la chambre de Vincent.

Rébecca alla dans la cuisine. Il revint à l'esprit de Père ce que Peter lui avait dit ce soir, juste avant que Diana ne l’interrompe. De quoi s’agissait-il déjà ? Du fait que la ressemblance de Rose avec quelqu’un était vraiment frappante. Et pourquoi Diana avait-elle posé une question pareille dans un tel moment ?


Père le sentit lui aussi. Avant même d’entrer dans la chambre, il eut la même sensation qui avait alerté Diana. Il s’attarda à l’entrée. Il pouvait voir la différence dans l’état de Vincent de là où il était. Et il pouvait voir la silhouette penchée sur le lit, les cheveux fins et clairs qui se mélangeaient à ceux de Vincent. Il y avait là quelque chose de presque familier. Père s’étonna de sentir son coeur battre de plus en plus vite. Il entra dans la chambre, s’efforçant de voir le visage dissimulé, mais la capuche tombait trop bas. Il s’approcha du lit.

- Rose, dit-il avec douceur, chère Rose, je ne veux pas vous bousculer, mais je dois examiner mon fils.

La femme leva la tête et se tourna vers lui.

Chapitre 7

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